Dans les dernières décennies, le débat sur la restitution a connu des évolutions significatives, donnant lieu à de nouveaux protocoles et à des positionnements politiques, scientifiques et éthiques disparates, parfois ambivalents. Malgré l’absence de consensus et la turbulence conceptuelle qui entoure la question, dans une constellation terminologique qui va du rapatriement à la réparation, du retour à la reprise ou même à la guérison, une tendance significative au niveau international est la reconnaissance du fait que tout projet de restitution est susceptible de recevoir des réponses ou des solutions imprévues en amont, y compris des réponses ouvertes qui n’impliquent pas nécessairement le retour physique des objets dans les lieux d’où ils proviennent ou leur remise effective aux communautés ou aux agents qui les revendiquent. Des contextes, des histoires et des régimes de valeur différents, voire des ontologies différentes, se reflètent dans les dialogues complexes entre institutions, groupes et individus à la recherche de formes multiples de ce que l’on peut appeler, par synecdoque, la restitution. Restitution non seulement des « choses », mais des savoirs et des mots, des sons et des images, des ancêtres, de leurs rencontres et de leurs trajectoires - de tout ce qui est inscrit, non pas exclusivement mais dans une large mesure, dans les collections de l’anthropologie au sens large, que ce soit dans les réserves des musées ethnologiques, dans les archives des ethnographes et des expéditions anthropologiques ou dans les bibliothèques de la discipline elle-même.
Ce colloque international – colloque de clôture de l’IRN HITAL – vise à approfondir les lignes de croisement entre les histoires de l’anthropologie et les processus de restitution à travers des fils conducteurs traversant les sessions. Compte tenu des profondes variations historiques et contextuelles de la problématique en question, c’est l’espace transatlantique, caractéristique de l’IRN HITAL, qui retiendra l’attention. Il s’agit aussi de décentrer un débat qui s’est d’abord focalisé sur les contextes australiens et nord-américains, puis africains. L’équation entre restitution et réparation nous invite à mettre l’accent sur cette dernière lorsqu’il s’agit de la mémoire de l’esclavage – non pas uniquement mais aussi à travers la restitution d’objets muséaux et d’archives. Privilégiant les études de cas situées dans ou entre les contextes européens et latino-américains, les dialogues autour des contextes indigènes sont également susceptibles d’ouvrir la réflexion à d’autres lieux et d’autres histoires incarnant, matérialisant, les processus ou les idées de restitution.
Comité organisateur :
João Leal (CRIA NOVA FCSH / IN2PAST)
Christine Laurière (CNRS / HÉRITAGES ; IRL2034 - Mondes en transition)
Frederico Delgado Rosa (CRIA NOVA FCSH / IN2PAST ; IRL2034 - Mondes en transition)
Sónia Vespeira de Almeida (CRIA NOVA FCSH / IN2PAST)
Rodrigo Lacerda (CRIA NOVA FCSH / IN2PAST)
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