Pour sa 60e édition, le Festival de Cannes à mis les petits plats dans les grands.
Gilles Jacob, président, et Thierry Frémaux, délégué artistique du festival, ont rendus publique, ce matin, la sélection des films qui concourrons pour la Palme d’Or. Nous pouvons donc le dire sans se tromper, le panel des films qui seront ainsi projetés au Palais des Festivals pendant 10 jours, du 16 au 27 mai, est particulièrement alléchant. Petit tour d’horizon.
« Nous avons voulu mêler héritage et modernité, grandes signatures et jeunes pousses » (G. Jacob)
Dans l’immédiat, il nous sera plus difficile d’évoquer, justement, le travail des nouveaux venus. Pour cette première présentation, nous focaliserons donc d’abord sur les grandes signatures qui honoreront de leurs présences la Croisette.
Norah Jones dans "My Blueberry Nights"
L’ouverture se fera avec « My Blueberry Nights », dernier film de l’immense cinéaste hongkongais Wong Kar-Waï. Le film fera d’autant plus l’évènement que la chanteuse Norah Jones effectue là ses premiers pas au cinéma, sept ans après Bjork pour Lars von Trier. Natalie Portman et Jude Law complètent le casting de ce road-movie amoureux. Il s’agit aussi de la première incursion de Wong Kar-Wai aux USA. Les points de comparaisons avec « Dancer in the dark », Palme d’or de l’édition 2000, sont déjà nombreux…
Les autres cinéastes asiatiques en compétitions susciterons de nouveau une belle attention. Ils nous viennent de Corée ou du Japon et leurs carrières respectives plaident pour eux.
Kim Ki-Duk d’abord… Cinéaste prolifique et génial, il est l’un des réalisateurs les plus fascinants de sa génération. Les premières images de « Breath » circulent déjà sur le net et augurent d’un véritable sommet de cinéma. Peut-être l’égal de « Locataires », le chef d’œuvre le plus évident du cinéaste.
Son compatriote Lee Chang Dong présentera lui « Secret Sunshine ». Chang-Dong n’est pas un inconnu puisqu’il est déjà l’auteur du remarqué « Peppermint Candy » (99, présenté à Cannes lors de la Quinzaine) et surtout du sublime et audacieux « Oasis » en 2002 (présenté lors de la Semaine de la Critique)
La japonaise Naomi Kawase nous proposera elle « La Forêt de Mogari », son cinquième film après notamment « Suzaku » et « Shara », deux chef d’œuvres authentiques. Méconnue, Kawase mérite donc amplement cette reconnaissance cannoise.
Le président du jury du 57e festival, en 2004, récompensé lui-même par la Palme d’Or en 1994 pour « Pulp Fiction », Quentin Tarantino effectue quand à lui son grand retour dans la sélection officielle.
« Boulevard de la mort » est le premier volet du diptyque « Grindhouse » et qui réunit de nouveaux Tarantino et son grand copain Robert Rodriguez. En attendant de savoir ce qu’il en est du film de Rodriguez, Tarantino tentera lui de gagner une seconde Palme. Le concept se veut un hommage aux séries B des années 70/80. « Boulevard de la mort », road-movie meurtrier, lorgnerait ainsi du côté des cultes « Duel » de Spielberg et « Hitcher » de Robert Harmon. Grâce à ce film, le cinéma de genre est en tous les cas de nouveau représenté en sélection officielle, un an après l’extraordinaire « Labyrinthe de Pan » de Guillermo del Toro.
Le cinéma américain sera d’ailleurs particulièrement bien représenté avec quelques unes de ses plus belles pointures.
Joaquin Phoenix dans "La Nuit nous appartient"
Nous souhaitons ici mettre l’accent sur le retour de James Gray, cinéaste aussi rare que précieux. « La Nuit nous appartient » est seulement le troisième film de Gray. Les deux précédents, « Little Odessa » (94) et « The Yards », déjà sélectionné à Cannes en 2000, avaient suffit de convaincre de l’émergence d’un nouveau surdoué. Pour ce film, James Gray réunit de nouveau, sept ans après « The Yards », Joaquin Phoenix et Mark Wahlberg aux côtés de Robert Duvall dans une histoire aux contours – comme dans ses autres œuvres – mafieux.
Les frères Coen, en habitués de la Croisette, seront de nouveau de la fête. « No country for old men » est l’adaptation d’un roman noir de Cormac McCarthy. Au casting, Tommy Lee Jones et Javier Bardem, entre autres.
Autre fidèle de Cannes, Gus van Sant, palmé en 1999 grâce à « Elephant » tentera la passe de deux. « Paranoïd Park » raconte l’histoire d’un jeune skateur qui tue accidentellement un agent de sécurité et essaye de garder le secret.
"Paranoïd Park" de Gus van Sant (A gauche). Mark Ruffalo dans "Zodiaq" de David Fincher (A droite)
A noter également, LE film qui devrait faire l’évènement : « Zodiac », le tant attendu nouveau film de David Fincher, avec Jake Gyllenhaal, Robert Downey Jr et le génial Mark Ruffalo.
Julian Schnabel (« Basquiat ») est lui aussi américain mais son film représentera la France. « Le Scaphandre et le papillon », adaptation de l’autobiographie du journaliste Jean-Dominique Baudy, à toutes les chances de susciter une vaste émotion. Mathieu Amalric joue le rôle de ce journaliste qui, après un accident vasculaire et un coma profond, s’est retrouvé privé de ses fonctions motrices.
"Le Scaphandre et le Papillon" et "Une Vielle maîtresse"
Les autres films français en compétition ne devraient pas manquer de faire parler d’eux.
« Une vielle maîtresse » de Catherine Breillat, parce que sa réalisatrice ne laisse jamais indifférent et qu’elle agace autant qu’elle intrigue. Asia Argento, remontera donc les marches, un an après « Transylvannia » de Gatlif, qui faisait alors la clotûre.
Christophe Honoré aura lui droit aux honneurs cannois pour « Les Chansons d’amour », son quatrième film. Le cinéaste-écrivain, héritier de la Nouvelle Vague, nous offre une comédie musicale dans laquelle on retrouve Louis Garrel, héros de « Dans Paris », son précédent film sortit en 2006. Dans ce film, l’extraordinaire séquence chantée, dialogue téléphonique entre Romain Duris et Joanna Preiss, était peut-être le prélude à ce nouveau film qui réunit également à l’affiche Ludivine Sagnier et Clothilde Hesme.
Catherine Deneuve et sa fille, Chiara Mastroianni, ont souvent partagées l’affiche ensemble. Elles prètent cette fois leurs voix aux personnages de "Persepolis", film d’animation de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud. "Persepolis" est l’adaptation de la bande-dessinée éponyme et autobiographique de Marjane Satrapi.
"Tehilim" de Raphaël Nadjari
Dernier représentant français, Raphaël Nadjari, cinéaste globe-trotter partagé entre les USA et Israël. « Tehilim » représentera justement Israël. A Jérusalem, une famille devra faire face à l’épreuve du deuil après la disparition, dans un accident de voiture, du père. Le pitch rappel, peut-être à tord, le très beau film de Nir Bergman « Broken Flowers »…
Les nouveaux venus de ce festival nous viennent surtout du reste du monde, tel « 4 mois, 3 semaines et 2 jours » du Roumain Cristian Mingiu, « Izaguanie » du Russe Andrei Zviaguintsev ou encore « Import/export » de l’autrichien Ulrich Seidl.
Néanmoins, c’est peut-être justement de ces cinématographies qu’une Palme peut émerger.
Et si, la 60e palme d’or venait récompenser le travail d’un des cinéastes majeurs de notre temps, le hongrois Bela Tarr (« Les Harmonies Werckmeister », « Damnation »…) ?
En tous les cas, ici, à Laterna Magica, nous décernerions sans discuter le plus prestigieux des prix à cet « Homme de Londres », adaptation de Simenon. Ce qui est certain, c’est que la présence de ce film en compétition est déjà un accomplissement. Pas seulement pour la carrière de son cinéaste. « L’Homme de Londres » a déjà connu une histoire tourmentée. Le film faillit en effet ne jamais voir le jour suite au décès, après quelques jours de tournage, de son producteur Hubert Balsan. Mais les premiers rushs sortis du laboratoire ont convaincus toute l’équipe de continuer. La suite du tournage a été décalée mais, en définitive, le film existe. Grâce à Cannes, la renommée de Bela Tarr va peut-être dépasser enfin le strict cadre des cinéphiles les plus passionnés. « L’Homme de Londres » reste néanmoins particulièrement intriguant. Simenon adapté par Bela Tarr, la combinaison n’allait pas de soi. Tilda Swinton est de l’aventure. Gageons déjà que le film figurera tout en haut du palmarès de ce 60e festival.
Emir Kusturica, abonné au festival et multiple lauréat (Palme en 85 pour « Papa est en voyage d’affaire et en 95 pour « Underground ») ne l’entendra peut-être pas de cette oreille. Avant le très attendu « Maradona », Kusturica montera les marches pour « Promets le moi ».
Le mexicain Carlos Reygadas, cinéaste intransigeant et auteur des très durs « Japon » et « Bataille dans le ciel » risque sans aucun doute de partager une fois encore les festivaliers avec « Lumière Silencieuse ».
La remarque est aussi valable pour Alexandre Sokourov. Peut être du grain à moudre pour « Alexandra » ou l’histoire d’une grand-mère russe vivant dans la caserne militaire de son petit fils, officier en poste en Tchétchénie. L’auteur de « Père, fils » « Moloch », « Le Soleil » ou encore « L’Arche Russe », cinéaste contemplatif à souhait, risque lui aussi, sans aucun doute, de diviser. Sokourov est un habitué de la Sélection officielle.
Hanna Schygulla dans "Les Harmonies Werckmeister"
On termine enfin avec « De l’autre côté », nouveau film du cinéaste allemand Fatih Akin. Un film pour lequel on ne sait pour le moment pas grand-chose. Hanna Schygulla, actrice mythique du cinéma allemand, révélée par Fassbinder dans « L’amour est plus froid que la mort », y est à l’affiche. Pour l’anecdote, Schygulla retrouvera sur la Croisette le cinéaste Bela Tarr avec qui elle a travaillé dans « Les Harmonies Werckmeister ».
Fatih Akin est quand à lui un habitué des grand festivals puisque ce jeune réalisateur de 33 ans à reçu l’Ours d’or du festival de Berlin en 2004 pour le magnifique « Head On ».
Voilà pour le tour d’horizon. Pour son soixantième anniversaire, Cannes s’est offert le plus beau des plateaux. Place maintenant aux artistes et à la magie du cinéma. Nul doute que ce soixantième festival sera inoubliable
Sélection officielle – Compétition
4 Mois, 3 semaines et 2 jours – Cristian Mungiu
Alexandra – Alexandre Sokurov
Boulevard de la mort – un film Grind House – Quentin Tarantino
Breath – Kim Ki-duk
De l’autre côté – Fatih Akin
Import / Export – Ulrich Seidl
Izgnanie – Andrei Zviaguintsev
La Forêt de Mogari – Naomi Kawase
La Nuit nous appartient – James Gray
Le Scaphandre et le papillon – Julian Schnabel
Les Chansons d’amour – Christophe Honoré
L’Homme de Londres – Bela Tarr
Lumière silencieuse – Carlos Reygadas
My Blueberry Nights – Wong Kar-Wai (film d’ouverture)
No country for old men – Ethan & Joel Coen
Paranoid Park – Gus Van Sant
Persépolis – Marjane Satrapi & Vincent Paronnaud
Promets-le moi – Emir Kusturica
Secret sunshine – Lee Chang-Dong
Tehilim – Raphaël Nadjari
Une vieille maîtresse – Catherine Breillat
Zodiac – David Fincher
Sélection officielle – Hors-compétition
A Mighty Heart – Michael Winterbottom
Boarding gate – Olivier Assayas (séance de minuit)
Go Go Tales – Abel Ferrara (séance de minuit)
Ocean’s 13 – Steven Soderbergh
Sicko – Michael Moore
U2 3D – Catherine Owens & Mark Pellington (séance de minuit)
Séances spéciales
Chronique d’une femme chinoise – Wang Bing
La Guerre – Ken Burns & Lynn Novick
Le Dernier virage – Leila Conners Petersen & Nadia Conners
Retour en Normandie – Nicolas Philibert
Film du 60e anniversaire
Chacun son cinéma – Théo Angelopoulos, Olivier Assayas Olivier, Bille August, Jane Campion, Youssef Chahine, Michael Cimino, Joel Coen, Ethan Coen, David Cronenberg, Jean-Pierre Dardenne, Luc Dardenne, Manoel de Oliveira, Raymond Depardon, Atom Egoyan, Amos Gitaï, Hou Hsiao Hsien, Alejandro González Inárritu, Chen Kaige, Wong Kar-Wai, Aki Kaurismäki, Kiarostami Abbas, Takeshi Kitano, Andrei Konchalovsky, Claude Lelouch, Ken Loach, Tsai Ming-liang, Nanni Moretti, Roman Polanski, Raoul Ruiz, Walter Salles, Elia Suleiman, Gus Van Sant Gus, Lars von Trier, Wim Wenders et Zhang Yimou.
Hommages du 60e anniversaire
Boxes – Jane Birkin
Centochiodi – Ermanno Olmi
Roman de gare – Claude Lelouch
Ulzhan – Volker Schlöndorff