Deux Poèmes de James Sacré sur les Etats-Unis

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Ces deux poèmes sont extraits de l’anthologie personnelle « Choix de poèmes » parue aux éditions Unes en 2025.

Note biographique sur le poète

James Sacré est né en 1939. Il grandit dans une ferme en Vendée, avant d’entreprendre des études de lettres qu’il achève aux Etats-Unis où il s’installe en 1965, puis enseigne au Smith College (Massachussetts). Il fait de nombreux voyages au Maghreb, principalement en Tunisie et au Maroc, qui deviennent des paysages récurrents de ses livres. Il est l’auteur d’une œuvre considérable tournée vers l’émotion et l’altérité où se mêlent le terroir et le patois de son enfance, l’éclat des arbres américains, l’ocre marocain, dans une langue fraternelle qui atteint le lecteur avec la simplicité d’une poignée de main.
Parmi ses livres importants : Cœur élégie rouge (Seuil, 1972) ; Figures qui bougent un peu (Gallimard, 1978) ; Âneries pour mal braire (Tarabuste, 2000) ; America Solitudes (André Dimanche, 2011).
Il a reçu de nombreux prix littéraires : prix Apollinaire en 1988 pour Une fin d’après-midi à Marrakech (André Dimanche). Prix Max-Jacob en 2013 pour Le paysage est sans légende (Al Manar). Prix Roger-Kowalski et Théophile-Gautier de l’Académie française en 2019 pour Figures de silences (Tarabuste).
James Sacré a remporté le prix Goncourt de la poésie en 2025.
(Source : Editions Unes)

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(Page 70)

J’ai aussi pensé à un autre titre pour ce livre, America solitudes
Mais je connais trop peu tous les paysages de ce pays
Et pas vécu vraiment parmi tant de gens divers ;
Petits bourgs hispaniques, de Chimayo à Cordoba, quelques endroits chinois dans la vallée du Sacramento,
Bayous avec des airs d’accordéon, et là où qu’on chante avec tout son corps donné
Dans de petites églises perdues, mais pas si loin d’une station-service
Et d’un Kentuky Fried Chicken, au sud. J’ai pas su penser
Tout un émiettement d’anciennes querelles politico-religieuses,
Les Italiens, les Irlandais, ceux qui parlent français dans les magasins de tissus à Holyoke,
Les avocats de New York et de partout, ceux qui sont profs
Dans les universités ou les Seven Sister Colleges
Tant de gens qui se rencontrent si peu et tous dans leur solitude
Avec le sentiment d’un être ensemble, à cause des autoroutes peut-être
Ou d’un dieu qui serait avec eux toujours, à cause de Coca-Cola
A cause de rien, leur solitude jamais partagée : si j’en sais quelque chose ?

*

(Page 77)

A Mary, ce livre qu’elle et son pays m’ont donné

Entre Raton et Wagon Mound
Les terres sont en altitude, on voyage
Comme au large de pluies qui joignent les nuées
A l’espace vert du plateau. Avec des bleus fins
A des endroits de l’horizon. La route en fait
Comme en plein ciel.
Il y a dans le paysage
Une très légère écriture de fil de fer barbelé et d’éoliennes
Et la ponctuation de quelques arbres, en taches vert plus foncé. On voit des fermes
Des troupeaux très loin sont comme dans l’immobilité paisible du temps.

On pense à des bisons éperdument courant
A travers les orages et la prairie,
Dans un autre temps disparu, immense. Et disparu.

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« A travers le vaste monde » d’Erika et Klaus Mann

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Comme j’aime bien Thomas Mann (1875-1955), j’ai eu envie de m’intéresser un peu aux membres de sa famille qui ont été également écrivains. De plus, Bernhard du blog « Coquecigrue et ima-nu-ages » m’avait conseillé la lecture de Klaus Mann, fils du célèbre Prix Nobel de 1929.
Aussi, ce récit de voyage de 1928 « A travers le vaste monde », écrit à quatre mains par Klaus (1906-1949) et par sa sœur Erika, son aînée d’un an, (1905-1969), m’a tout de suite attirée et a aiguisé ma curiosité.

Note pratique sur le livre

Editeur : Payot
Année de publication initiale : 1929 ; (de cette traduction) 2006
Genre : récit de voyage
Traduit de l’allemand par Dominique Laure Miermont et Inès Lacroix-Pozzi
Nombre de pages : 206

Quatrième de Couverture

Le 7 octobre 1927, les enfants terribles de Thomas Mann, Erika et Klaus, quittent Rotterdam pour New York. Elle a vingt-deux ans, lui vingt et un. Après divers échecs personnels, ils entreprennent ce tour du monde de neuf mois pour être réunis, mais aussi pour faire parler d’eux en profitant de la célébrité de leur père, bientôt prix Nobel de littérature. Ils demeurent six mois aux Etats-Unis puis découvrent Hawaii, le Japon, la Corée et l’Union soviétique. L’apparente insouciance de ces deux jeunes gens qui s’amusent à se faire passer pour des jumeaux est à l’image de ces années d’avant la crise économique et les dérives fascistes, mais ils n’en comprennent pas moins que l’Europe, si minuscule vue du Kansas ou de Corée, n’est pas le monde.
(Source : site de l’éditeur)

Mon avis

Les deux premiers tiers du livre, à peu près, sont consacrés aux Etats-Unis : New York, Los Angeles, Hollywood, Chicago, et les régions entre la Californie et Chicago. Dans cette partie américaine, nos deux jeunes auteurs rencontrent énormément de beau monde, en particulier les célébrités allemandes de l’époque qui s’étaient installées en Amérique pour faire fortune. Acteurs, cinéastes, écrivains, auteurs dramatiques sont donc abondamment cités et, malheureusement, beaucoup d’entre eux sont aujourd’hui tombés dans l’oubli, à moins qu’ils ne soient encore connus de quelques spécialistes du cinéma muet…
Bref, cette première partie américaine m’a semblé un peu ennuyeuse, avec trop de mondanités, trop de « name dropping » qui ne nous disent plus grand-chose aujourd’hui. Il m’a semblé, dans cette partie, que Klaus et Erika restaient un peu trop dans le milieu huppé des expatriés allemands du milieu artistique le plus privilégié. Cela ne correspondait pas vraiment à mes attentes de lectrice, même si certains brefs passages sur le racisme, sur la prohibition, sur la souffrance animale dans les abattoirs porcins ou sur le fonctionnement de la justice américaine peuvent paraître encore pertinents et convaincants de nos jours, avec des formules qui n’ont rien perdu de leur force, presque cent ans plus tard.
J’avoue avoir lu avec beaucoup plus de plaisir la partie asiatique du livre – au Japon, en Corée, en Sibérie et à Moscou – car nous quittons les mondanités frivoles pour des propos plus sérieux, des vraies réflexions, qui osent même parfois les allusions politiques claires. Nous voyons, en particulier à Hawaï, que Klaus et Erika se moquent des conceptions nazies de peuples soi-disant « dégénérés » et qu’ils tournent cette idéologie en dérision. Aux Etats-Unis, ils proclament que l’avenir appartiendra aux races métissées. D’une manière générale, leurs idées semblent très progressistes et en avance sur leur temps. Pour autant, ils ne paraissent pas non plus très fanatiques du régime soviétique (la Russie était devenue communiste seulement onze ans plus tôt) : disons que leur regard sur ce pays reste attentif et ouvert, dans un effort d’objectivité. Ils décrivent leurs observations et cherchent à les analyser, comme le feraient des journalistes aguerris, ce qui est assez étonnant pour de si jeunes gens. L’humour et l’ironie sont souvent présents, particulièrement dans les récits de rencontres avec d’autres voyageurs, les descriptions des caractères humains.
J’ai donc mis un certain temps à rentrer dans ce récit et à l’apprécier pleinement, mais ce fut en définitive une bonne lecture, intéressante, dépaysante, bien rythmée. Les deux auteurs, jeunes et facétieux, mais aussi habiles et sensibles, suscitent une véritable sympathie chez le lecteur.

*

Un extrait page 115-116

Voilà donc à quoi ressemble la région si typique comprise entre la Californie et Chicago. Maintenant, nous la connaissons. Ce ne serait pas si mal si c’était un peu moins civilisé. Un soupçon de sauvagerie, mais pas ce confort abominablement nécrosé ! L’Amérique veille à ce que les bienfaits de la civilisation – cinéma, Ford, Camel, radio, chewing-gum – arrivent jusque dans les coins les plus reculés du continent.
Face à cette Amérique par trop réelle, on repense à l’Amérique fantasmagorique, fabriquée de toutes pièces, dont font l’apologie nos romantiques anglomanes – en tête, l’Augsbourgeois Bert Brecht – comme le firent autrefois d’autres poètes, fort raillés – pour les Indes ou l’Italie. Ce qu’ils ont imaginé sur les États-Unis est tellement faux que c’en est d’un ridicule achevé. Nous souhaiterions à Bert Brecht d’être obligé de passer une semaine à Wellington ; il se pourrait bien que le dégoût l’empêche de respirer ! Qu’il reste plutôt à Augsbourg ou à Berlin pour y chanter le pays de tous les possibles ! Voilà ce qui arrive quand Dieu a doté quelqu’un d’un talent poétique et d’assez de sens des affaires pour en tirer parti, mais pas de l’intelligence qu’il faudrait pour le gérer correctement, pas même de la lucidité nécessaire pour l’employer à bon escient.
New York et Chicago peuvent certes donner le vertige ; mais on déchante dès qu’on découvre la province. Qu’est-ce que c’est que cette ville ? Un village planifié où les fermiers des environs font leurs courses, avec des rues tracées au cordeau et une foule d’automobiles. Quel lugubre éden ! S’il y a un endroit où la foi dans l’avenir est réduite à l’impuissance, c’est bien ici. Car elle ne se heurte à aucune résistance, sinon à la mortelle tranquillité d’hommes qui vivent bien dans leur corps mais dont l’âme est gagnée par la décomposition et l’abrutissement.

Quelques jours plus tard, nous sommes dans le Grand Canyon, immense gorge au nord de l’Arizona. Il représente l’un des multiples records de l’Amérique, en l’occurrence le record du paysage le plus invraisemblable. Jamais on n’aurait pu supposer l’existence sur notre terre de cet abîme aux multiples couleurs. Ces à-pics mauves, rouge sang, brunâtres, c’est ainsi que l’on imagine les montagnes d’autres planètes. 

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Un extrait page 165

Le Japon, tel que Lafcadio Hearn l’a décrit, nous accueille : élégance, coquetterie, petits rires, kimonos, papillons en papier. Cela existe-t-il donc encore ? Dehors, il y a le Japon dangereux, divisé, problématique, englué dans sa crise.
Les jeunes filles préposées à notre service ne comprennent pas un mot d’anglais, mais elles ne cessent de se tordre de rire parce que nous ignorons tout du japonais, sauf : merci, s’il vous plaît, thé, sel, pain et bain. Ce dont nous avons le plus besoin, nous le trouvons dans un petit livre rouge où, à part les choses absolument indispensables sur le plan pratique, il y a des remarques mutines du genre : « Je t’aime du fond du cœur » ou bien : « En amour, le rang social ne fait absolument aucune différence ! » Nous les proposons à nos jeunes demoiselles qui s’en amusent infiniment et s’en réjouissent comme des enfants.
Elles ne nous quittent pas d’une semelle, nous devons même nous changer en leur présence. Il y a longtemps que nous avons perdu le sens du mot « service ». Nos soubrettes ont l’esprit aussi pratique que des employés du fisc, mais elles sont lestes comme des chatons et si astucieuses et attentives ! Riant et opinant du bonnet, elles devinent et exaucent nos moindres désirs avec la meilleure grâce du monde.
Le plus difficile, c’est de se faire à la nourriture. Le maniement des baguettes et la position assise ne sont pas au-dessus de nos capacités, mais les mets de base et la préparation des plats – tous ces sales petits machins, poisson cru, sauce brunâtre, du riz, encore du riz, toujours du riz –, impossible d’y prendre goût, et d’ailleurs cela ne nous réussit pas. Il existe bien quelques bonnes spécialités, par exemple de la tortue, mais on n’en trouve pas souvent. Il n’y a que le thé qu’ils sachent préparer d’une façon qui est aussi pour nous un véritable plaisir. Quand on a lu Le livre du thé de Kakuzo Okakura, cela semble évident, et l’on comprend aussi que la célèbre cérémonie du thé, loin d’être un usage antique et superficiel, a une grande importance sur le plan culturel. Car ce peuple, qui utilise le formalisme pour traduire ses sentiments profonds, a fait de la préparation et de la consommation du thé un art très caractéristique de sa nature profonde. Chose amusante et instructive : il y a eu des écoles et des époques historiques dans cet art, comme en littérature et en peinture, et on fait la distinction entre des tendances classique, romantique et naturaliste dans la préparation du thé – distinctions dont la signification n’est pas seulement culturelle et esthétique, mais aussi religieuse.
(…)

Un texte sur le voyage, de Fernando Pessoa

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A l’occasion de ce mois thématique sur le voyage, je vous propose un extrait du « Livre de l’intranquillité » de Fernando Pessoa (1888-1935), qui est une réflexion critique sur le sujet.
D’après cette citation, nous ferions mieux de rester chez nous à cultiver nos capacités sensorielles et méditatives, plutôt que de tenter la moindre escapade.
Un point de vue qui devrait réjouir tous ceux qui sont trop pauvres, trop flemmards, trop craintifs ou trop handicapés pour s’aventurer hors de leur routine !

Ce texte date des années 1930.
J’ai lu ce livre dans sa traduction par Françoise Laye, éditée par Christian Bourgois en 1999.

Page 169-170

Qu’est-ce que voyager, et à quoi cela sert-il ? Tous les soleils couchants sont des soleils couchants ; nul besoin d’aller les voir à Constantinople. Cette sensation de libération, qui naît des voyages ? Je peux l’éprouver en me rendant de Lisbonne à Benfica, et l’éprouver de manière plus intense qu’en allant de Lisbonne jusqu’en Chine, car si elle n’existe pas en moi-même, cette libération, pour moi, n’existera nulle part. «N’importe quelle route, a dit Carlyle, et même cette route d’Entepfuhl, te conduit au bout du monde. » Mais cette route d’Entepfuhl, si on la suit jusqu’au bout, revient à Entepfuhl ; si bien qu’Entepfuhl, où nous nous trouvions déjà, est aussi ce bout du monde que nous cherchions à atteindre.
Condillac commence ainsi son célèbre ouvrage : « Si haut que nous montions, si bas que nous descendions, nous ne sortons jamais de nos sensations.» Nous ne débarquons jamais de nous-mêmes. Nous ne parvenons jamais à autrui, sauf en nous autrifiant par l’imagination, devenue sensation de nous-mêmes. Les paysages véritables sont ceux que nous créons car, étant leurs dieux, nous les voyons comme ils sont véritablement, c’est-à-dire tels qu’ils ont été créés. Ce qui m’intéresse et que je puis véritablement voir, ce n’est aucune des Sept Parties du Monde ; c’est la huitième, que je parcours et qui est réellement mienne.
Quand on a sillonné toutes les mers, on n’a fait que sillonner sa propre monotonie. J’ai déjà sillonné plus de mers qu’il n’en existe au monde, j’ai vu plus de montagnes qu’il n’y en a sur terre. J’ai traversé des villes plus nombreuses que les villes réelles, et les vastes fleuves de nulle part au monde ont coulé, absolus, sous mon regard contemplatif. Si je voyageais, je ne trouverais que la pâle copie de ce que j’ai déjà vu sans jamais voyager.
Dans les contrées qu’ils visitent, les autres se trouvent étrangers, anonymes. Dans celles que j’ai visitées j’ai été non seulement le plaisir caché du voyageur inconnu, mais la majesté du Roi qui y règne, le peuple qui y pratique ses coutumes, et l’histoire entière de cette nation et de ses voisines. Paysages, maisons, j’ai tout vu parce que j’ai été tout – tout cela créé en Dieu avec la substance même de mon imagination.
Renoncer c’est nous libérer. Ne rien vouloir c’est pouvoir.
Que peut me donner la Chine que mon âme ne m’ait déjà donné ? Et si mon âme ne peut me le donner, comment la Chine me le donnera-t-elle, puisque c’est avec mon âme que je verrai la Chine, si je la vois jamais ? Je pourrai m’en aller chercher la richesse en Orient mais non point la richesse de l’âme, parce que cette richesse-là, c’est moi-même, et que je suis là où je suis, avec ou sans Orient.
Je comprends que l’on voyage si on est incapable de sentir. C’est pourquoi les livres de voyage se révèlent si pauvres en tant que livres d’expérience, car ils ne valent que par l’imagination de ceux qui les écrivent. Si leurs auteurs ont de l’imagination ils peuvent nous enchanter tout autant par la description minutieuse, photographique à l’égal d’étendards, de paysages sortis de leur imagination, que par la description, forcément moins minutieuse, des paysages qu’ils prétendent avoir vus. Nous sommes tous myopes, sauf vers le dedans. Seul le rêve peut voir avec le regard.

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« Le mal du pays » de Marina Tsvétaïéva

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Dans le cadre de ce mois thématique sur le voyage, je vous propose ce texte de la poétesse russe Marina Tsvétaïéva (1892-1941), « Le mal du pays« , écrit en 1934, alors qu’elle vivait en exil à Paris, loin de l’Union soviétique au pouvoir de Staline.
« Le Mal du pays » est extrait du recueil « Le ciel brûle » paru chez Poésie/Gallimard.

Le Mal du pays

Mal du pays ! Tocard, ce mal
Démasqué il y a longtemps !
Il m’est parfaitement égal
 me trouver parfaitement

Seule, sur quels pavés je traine,
Cabas au bras jusque chez moi,
Vers la maison, – plutôt caserne ! –
Qui ne sait pas qu’elle est à moi.

Il m’est égal à qui paraitre
Lion en cage, – devant quels gens,
Et de quel milieu humain être
Expulsée – immanquablement –

En moi-même, dans l’isoloir
Du cœur. Mal vivre – qu’importe ,
 – m’avilir, moi, ours polaire
Sans sa banquise, je m’en fous !

Même ma langue maternelle
Aux sons lactés – je m’en défie.
Il m’est indifférent en quelle
Langue être incomprise et de qui !

(Du lecteur, du glouton de tonnes
De presse, – abreuvoir de potins…)
Vingtième siècle, c’est ton homme !
Avant tout siècle – moi, je vins !

Bûche abandonnée sur les dalles
D’une allée, durcie de partout,
Tout m’est égal, les gens se valent,
Et peut-être par dessus tout –

Égal : ce qui fut le plus cher.
De moi ont disparu d’un coup
Tous signes, dates et repères :
Une âme née on ne sait où.

Mon pays a si peu pris garde
À moi que le plus fin limier,
Sur mon âme – de long en large,
Ne verra rien de familier !

Temple ou maison : vide, personne…
Tout m’est égal, rien à parier.  
Mais si sur le chemin buissonne
Un arbre, et si c’est – un sorbier…

 1934

L’Exposition Maximilien Luce au musée de Montmartre (été 2025)

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Autoportrait, vers 1910

L’exposition « Maximilien Luce, l’instinct du paysage » s’est tenue au musée de Montmartre entre le 21 mars et le 14 septembre 2025.
Comme ce peintre paysagiste – ami de Seurat, Signac, Cross, Pissarro – a beaucoup voyagé en Europe et que ces voyages lui ont inspiré certaines de ses plus belles œuvres, cet article prend place dans mon mois thématique sur le voyage.

Voici la présentation que le musée en faisait sur son site internet :

Pionnier du néo-impressionnisme, pilier des milieux anarchistes et libertaires, Maximilien Luce (1858-1941) a marqué son époque par un engagement artistique et politique profond. Peintre des paysages urbains et ruraux et de la condition humaine, il a su capturer les transformations sociales et industrielles de son temps avec une sensibilité unique.
Première rétrospective parisienne depuis 1983 dédiée à ce peintre majeur du néo-impressionnisme, l’exposition se tient à quelques pas des lieux où Luce a résidé de 1887 à 1900, rue Cortot. Ancré dans l’histoire montmartroise et dans les contradictions de son époque, le travail du peintre est mis en lumière dans cette exposition qui vise à réaffirmer son importance et fait découvrir son œuvre souvent méconnu au grand public.

Mes Impressions sur cette visite

Connaissant déjà un petit peu le mouvement néo-impressionniste, j’ai surtout cherché dans cette exposition en quoi Maximilien Luce se distinguait de ses amis, ce qui le rendait original par rapport au reste du groupe. Il semble que la couleur pourpre ou violette ait eu une importance particulière pour lui, comme dans cette « Cathédrale de Gisors » (1897) aux teintes improbables (cf. ci-dessous) ou encore dans les tableaux nocturnes qu’il a créés. Dans ce sens, j’ai été particulièrement impressionnée par ses toiles peintes en Belgique, dans la région de Charleroi, autour des usines aux cheminées fumantes ou des mines de charbon. En tant qu’anarchiste, très sensible aux questions sociales et à la condition ouvrière, Maximilien Luce était nécessairement intéressé par ces thèmes industriels. Devant ces tableaux, on se dit que le monde de l’usine et de la mine acquiert ici une grande beauté. Maximilien Luce choisit d’en proposer des visions nocturnes ou crépusculaires qui lui permettent de développer des harmonies de couleurs séduisantes (noir du charbon, mauve du ciel et des fumées, feux dorés des usines). Peut-être le peintre cherche-t-il aussi à nous montrer que ces activités industrielles ne connaissent pas de répit : on y trime de jour comme de nuit. Pour un spectateur de 2025, ces toiles sont aussi les témoignages d’un monde disparu, très emblématique du 19e siècle, qui nous renvoie à « Germinal » (1885) de Zola, aux dures répressions des grèves de l’époque.
J’ai aimé aussi les toiles peintes dans le midi de la France, à Saint-Tropez, car la touche pointilliste et divisionniste du peintre rend la lumière vibrante et intense, comme elle l’est en été dans ces régions ensoleillées.
Une exposition tout à fait belle et passionnante !

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Panneau explicatif : « Belgique, le choc du pays noir »

Les pinceaux de Luce s’agitent également à l’étranger. Les expositions collectives auxquelles il participe très tôt l’amènent à Bruxelles, notamment l’Exposition des XX en 1892. Luce retourne en Belgique trois ans plus tard sur l’invitation de son ami, le poète Emile Verhaeren. Il découvre Charleroi, chef-lieu d’une région industrielle qui compte un quart des mines belges et 80 000 ouvriers.
Le dépaysement est total. Luce, familier des faubourgs industriels d’Île de France, est bouleversé par cet environnement lunaire, où le noir du charbon domine. Il se confie à Henri-Edmond Cross : « Ce pays m’épouvante […] c’est tellement terrible et beau que je doute de rendre ce que je vois. » Quel défi de peindre ce paysage hostile, dominé par des terrils gigantesques et des cheminées. Luce peint sans relâche la région, de jour comme de nuit, longeant la Sambre, lors de quatre voyages réalisés jusqu’en 1899. Le résultat présenté à la galerie Durand-Ruel la même année, avec 33 tableaux, est un triomphe de couleurs.
(Source : musée)

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Saint-Tropez, la route du cimetière. 1892
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Le port de Saint-Tropez, 1893
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La Tamise et le Parlement à Londres, 1895
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Terril de charbonnage, 1896 (Belgique)
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Usines près de Charleroi, 1897
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La cathédrale de Gisors, 1897
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Le Port de Rotterdam. 1907

Cartel du Port de Rotterdam, ci-dessus :

Luce trouve la ville de Rotterdam semblable à Londres. Ce sont les effets atmosphériques qui attirent son attention. Dans cette vue du port, le ciel et l’eau dominent. Luce excelle à rendre le ciel gris, chargé de fumées violacées, les lumières froides et les harmonies bleutées. Ces effets sont contrebalancés par les navires qui creusent la composition de leurs diagonales et la structurent par leurs mâts et cheminées. Cette toile ne laisse pas percevoir la difficulté qu’il eut à saisir l’intense activité du port : « Tout change à chaque minute […] Jamais l’on ne retrouve ce que l’on avait la veille et même dans la séance cela se transforme deux ou trois fois. »
(Source : musée)

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« Le Paquebot » de Pierre Assouline

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Ce roman a été choisi par notre cercle de lecture. Comme l’indiquent assez clairement le titre et l’illustration de couverture, il s’agit ici du récit d’une croisière, avec ses passagers de première classe aux luxueux costumes et accessoires. Comme cela se passe à l’époque des années 30, certaines conversations autour de l’irrésistible ascension d’Hitler et des futurs méfaits du nazisme viendront donner un semblant de piment à un récit bien fade et bien vide, qui se traîne en longueur au-delà du raisonnable !
Bref, cette lecture fut pour le moins poussive et fastidieuse – non pas une croisière mais une véritable galère ! – et je l’ai abandonnée au bout de 150 pages.

Cette lecture s’inscrit dans mon mois thématique sur le voyage, bien que l’auteur consacre finalement assez peu de réflexions à ce sujet – ni, d’ailleurs, à d’autres sujets !

Note pratique sur le livre

Editeur : Gallimard
Année de publication : 2022
Nombre de pages : 391

Présentation par l’éditeur

Février 1932. Jacques-Marie Bauer, libraire spécialisé en ouvrages de bibliophilie, s’embarque à Marseille sur le Georges Philippar, un paquebot flambant neuf en route vers le Japon. Nouant des liens avec les autres passagers — le commandant Pressagny et sa petite-fille, l’assureur Hercule Martin, le pianiste russe Sokolowski, ou encore la séduisante Anaïs Modet-Delacourt —, il demeure mystérieux sur le motif de son voyage. Lorsque entrent en scène des Allemands, des camps ennemis se forment au sein de cette petite société cosmopolite : l’ascension d’Hitler divise l’assemblée. Aux sombres rumeurs du monde fait écho, sur le bateau, une suite d’avaries techniques inquiétantes…
(Source : Site internet de Gallimard)

Mon avis

C’est peu dire que, dans ce « roman », il ne se passe rien. Au moment de choisir les mots-clés pour référencer cet article dans WordPress, je me disais « Mais de quoi parle ce bouquin ? » et le grand vide intersidéral s’est aussitôt déployé dans mon crâne. Ca ne parle pas d’amour, ni d’amitié, ni de relations humaines d’aucune sorte. Ca ne parle d’aucun des sentiments humains qui peuvent habituellement constituer l’intrigue ou le moteur d’un roman (jalousie, trahison, désir, ambition, nostalgie, tristesse, introspection, deuil, etc.). Les trois malheureuses pages de discussion autour de l’hitlérisme (pour n’en dire rien d’autre que ce que tout le monde sait déjà) ne suffisent certainement pas à en faire un roman politique ou de débats d’idées. Et, pour autant, ce n’est pas non plus le grand roman sur le rien dont rêvait Flaubert, vous pouvez en être certains ! Car, quand on s’attaque au rien, il faut encore pouvoir en supporter le poids et se débrouiller avec, ce qui n’est pas le cas ici !
Etonnamment, l’auteur a l’art de fustiger, dans ce livre, tous les défauts qu’il nous démontre à longueur de pages. Ainsi, il critique durement les gens qui font du name-dropping – ce qu’il fait sans arrêt – il s’en prend aux gens superficiels, aux snobs, aux bavards, aux gens qui, dans une croisière, ne s’intéressent qu’aux premières classes sans un seul regard vers les moins nantis, etc.
Les cent ou cent vingt premières pages du livre sont consacrées à la présentation des différents protagonistes, ce qui est tout de même bien long pour une introduction ! Et bizarrement, l’auteur identifie presque toujours les passagers de cette croisière avec des personnages de célèbres romans préexistants : nous nous retrouvons ainsi avec un Oblomov, une Madame Verdurin, un docteur Knock, la famille Buddenbrock au complet, et je ne sais plus qui encore. Non seulement P. Assouline met cent vingt pages à nous présenter laborieusement les personnages de son paquebot mais, en plus, au lieu de les inventer lui-même, il va les piquer chez les grands noms de la littérature intemporelle ! Et, naturellement, ensuite, il fustige les gens qui n’ont pas d’imagination…
Dans l’écriture des dialogues, j’ai noté la prédilection de l’auteur pour les bons mots, les traits d’esprit et autres répliques bien envoyées, dans un style très français, à la Sacha Guitry, qui raffolait et abusait des petites citations piquantes, destinées à égayer les dîners en ville. Je ne sais pas si, de nos jours, cette tournure d’esprit peut encore se pratiquer – surtout en littérature – j’ai quelques doutes.
Vous l’aurez compris, ce roman m’est tombé des mains !

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Un Extrait

Page 140

Les repas, leurs apartés, leurs pauses et leurs lenteurs, étaient le moment le plus propice à l’examen des gens, une mise à nu détail par détail, parfois d’une table à l’autre… Ici une broche XIXe de Tiffany en quartz sculpté sertie de rubis, diamants et émeraudes à l’effigie de la reine Victoria ; plus loin, posé sur la table afin que nul n’en ignore, un étui à cigarettes de Fabergé ; là autour d’un cou ravissant un collier de chien d’aigue-marine et perles typique de l’atelier Cristofol… Parfois, mon œil de cambrioleur me surprenait tant il recherchait l’insolite des petits riens. Georges Modet-Delacourt se doutait-il de mon goût de l’accessoire et de l’ornement, à moins que ma manière d’observer ne fut moins discrète que je ne le croyais, toujours est-il qu’il me lança un regard ironique qui vint interrompre ma silencieuse mise en pièces détachées de nos commensaux ; après tout, qu’importe si l’on est un homme du détail, dès que l’on est capable de penser en grand. Mon indiscrétion était toute relative ; sa femme, assise à ma gauche, pouvait se lire à livre ouvert tant elle était impuissante à réprimer ses émotions ; quiconque l’avait un peu fréquentée était capable de déchiffrer ses intentions… Le genre de personne que l’on sent si embarrassée par sa retenue, qui n’ose pas oser. Elle guettait le jour où elle serait enfin débarrassée de ce qui l’avait jusque-là empêchée de vivre.
À dire vrai, sa montre m’intriguait plus que tout ; je n’osais pas lui demander de la défaire de son poignet afin que je puisse l’examiner, son mari l’aurait interprété comme le signe d’un corsage dégrafé ou que sais-je encore. 

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Un Poème sur Venise de Lucie Roger

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Revue Cabaret #53

Ce poème figure dans le numéro 53, du printemps 2025, de la revue Cabaret, dirigée par Alain Crozier.
Cette revue – réservée aux auteures féminins, et à des textes inédits, sans rimes – est éditée par l’association Le Petit Rameur.
Le numéro 53, sous-titré « Les Orientales« , nous conviait à des destinations poétiques plus ou moins lointaines, de Venise au Japon, en passant par Istanbul, Palmyre, Jérusalem, et bien d’autres atmosphères et séjours orientaux.
Pour en savoir plus sur la revue Cabaret, voici le lien vers leur site web :
www.revuecabaret.com

Je vous propose la lecture de ce poème dans le cadre de mon Mois thématique sur le voyage.

J’ai apprécié ce poème pour son climat mystérieux, mélange de paysages vénitiens et d’états d’âme divers, les uns répondant aux autres, comme des jeux de reflets entre cette belle cité et l’intériorité de l’auteure. Les images typiquement vénitiennes, comme celles du carnaval, des canaux et des gondoles, du pont des soupirs, nous sont suggérées par petites touches, comme en surimpression d’autres sensations ou sentiments. La référence à Bachelard, dans la notule biographique de la poète, m’a également intriguée et donné envie de découvrir un jour ce philosophe, que je ne connais que de nom.

Note biographique sur la poète

LUCIE ROGER. Née à Montréal en 1973, franco-canadienne. Thèse en sciences humaines et sociales, de nombreuses publications scientifiques reconnues sur les usages sociaux et culturels de l’œuvre de Bachelard. Elle emprunte à la poétique bachelardienne pour construire et rythmer une poésie de l’intime.
(Source : Revue Cabaret)

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Venise atrabile

Dans les rues de Venise, sinueuses et secrètes
Sous les ors de la cité lacustre
Des histoires masquées ravivent sensibles
Les ruines de mes crépuscules.

Aux marches des palais somptueux
Dorment verts les regrets oxydés
Des véronessiens désirs
Qui peuplaient allégoriques
Les splendeurs insondables
De l’Empire forgé au coeur profond
Des yeux salés où je m’engloutissais

Là-bas sous son loup rôde l’inquiétude
De croiser furtivement au péril d’un méandre
L’ombre familière qui visite mes rêves
Et je guette fébrile au regard des passants
Miroir terni des tendres années
Le reflet disparu des tableaux de Giorgione

Empruntant les ponts, la fuite me saisit
Fuir la lagune ou fuir mon cœur
D’inextricables dédales en ponts sans issue
Conduisent infiniment à l’émergence vétuste
Douloureuse et aigre de cette passion
Sibylline et muette. Inavouée.
Cette passion soupirante, condamnée.

Les canaux de Venise emportent ma jeunesse
Et s’y noient mes chagrins comme tant d’autres
Entraînant les hautes eaux, celles des débordements
Les hautes eaux des peines et des larmes versées
Pour les amours évanouis, oubliés
Et pour ceux qui n’ont pas existé.

Aux jardins de Venise, rares et mystérieux
Un Eden caché attend les cœurs meurtris
Triste, ce jardin, le dernier où l’on cause
Des plus amères mélancolies
Fait fleurir sur ses surgeons noirs
Des roses rouges à l’odeur atrabile.

Lucie Roger

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« La Vie aquatique » de Wes Anderson

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Affiche

Prince Ecran Noir du blog Le Tour d’écran avait attiré mon attention sur ce film qui date déjà d’une vingtaine d’années. N’ayant encore jamais vu de film de Wes Anderson (né en 1969 au Texas, américain et francophile), j’ai eu envie de tenter cette expérience aquatique et fantaisiste.
La Vie aquatique était son quatrième long-métrage, après La Famille Tenenbaum en 2001.

Puisque ce film nous relate une expédition à travers les océans, sur le bateau Belafonte parti à la recherche du très rare requin-jaguar, cette chronique prend place dans mon mois thématique sur le voyage, recommencé chaque année en janvier.

Note technique sur le film

Nationalité : Américaine
Année de sortie en salle : 2004
Genre : Comédie, Aventure
Durée : 1h53

Quatrième de couverture du DVD

L’océanographe mondialement connu Steve Zissou (Bill Murray) et son équipe partent pour une ultime expédition dont le but est la traque du mystérieux et insaisissable requin-jaguar !
Rejoints par un jeune admirateur de Zissou (Owen Wilson), une séduisante journaliste (Cate Blanchett) et son extravagante épouse (Anjelica Huston), Steve et son équipe vont devoir affronter nombre de péripéties au cours de leur incroyable périple !
Aventure fabuleuse mêlant humour, amour et action, la vie aquatique réunit un casting de rêve en route pour une traversée en équipage qui n’a vraiment rien d’une croisière… même si on s’y amuse beaucoup ! 

Mon avis

L’hommage au commandant Cousteau est ici très appuyé et teinté fortement d’ironie : tous les membres de l’équipe de Steve Zissou portent le petit bonnet rouge caractéristique du célèbre océanographe français. Le bateau Belafonte nous est montré en plan de coupe, vers le début du  film, et nous pouvons voir les équipements scientifiques (assez fantaisistes) qu’il contient.
Je ne suis pas certaine que les différentes péripéties traversées par l’équipe du Belafonte – vol de matériel sur un bateau ennemi, attaque de pirates, visite des îles Ping pour sauver un homme kidnappé par les pirates, etc. – soient vraiment passionnantes et, en tout cas, elles ne l’ont pas été pour moi.
Malgré tout, ce film m’a divertie par la grande quantité de trouvailles visuelles liées au monde marin : les poissons phosphorescents, l’hippocampe arc-en-ciel, le sous-marin jaune, le fameux requin-jaguar dont nous attendons l’apparition avec impatience jusqu’à la fin du film.
La musique, très présente, est aussi un bel hommage à David Bowie, avec au moins une dizaine de ses  chansons jouées à la guitare et chantées doucement en portugais par le Brésilien Seu Jorge. Lors de l’attaque des pirates, le spectateur est brutalement tiré de sa torpeur par les guitares tonitruantes et la voix déchirante de « Search and destroy » des Stooges et c’est aussi un moment du film assez électrisant et revigorant !
Le thème majeur me semble être la relation père-fils entre Steve Zissou et le jeune Ned Plimpton. La question de savoir si Zissou est réellement le père de Ned connait plusieurs rebondissements et revirements au cours du film. Mais on a l’impression que les deux hommes se sont adoptés mutuellement, quelle que soit la réalité biologique, et ce lien affectif (qui connaît aussi des heurts, des réconciliations, des interrogations) a quelque chose de très émouvant.
Un film que j’ai eu du plaisir à voir : un bon divertissement ! Plein d’un humour très pince-sans-rire et de second degré, parfois potache, accompagnés de séquences plus graves, tristes, qui étonnent dans ce contexte, et forment un contraste touchant.

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Bonne année 2026 !

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branche de gui

Une excellente année à tous ! Meilleurs vœux de santé, de bonheurs, de succès, d’amour et d’affection, de chance, de découvertes littéraires et artistiques les plus enthousiasmantes, de créativité et de beaux projets à mettre en œuvre !
Je nous souhaite également une année de paix, de justice, de droits humains respectés, de sagesse pour les dirigeants politiques – même si cela peut sembler utopique et vain.
Merci aux lecteurs qui me suivent ! Leur présence, leur attention et leurs éventuels commentaires sont très réconfortants et encourageants !

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Des haïkus d’automne

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Pour célébrer cette période festive, je vous propose la lecture de quelques haïkus d’automne – la saison que nous venons à peine de quitter et dont nous aurons peut-être la nostalgie dans quelques semaines, en plein cœur de l’hiver.
J’ai trouvé ces courts poèmes japonais dans la jolie anthologie Haïkus d’automne et d’hiver, publiée chez Folio Sagesses (92 pages), réunissant la plupart des grands maîtres du haïku classique, de Bashô à Sôseki, couvrant donc la période du 17e au 20e siècle.
Il s’agit d’une édition traduite du japonais, préfacée et annotée par Corinne Atlan et Zéno Bianu.

Extrait de la quatrième de couverture

« Là
tout simplement
sous la neige qui tombe »

Si la célébration de la floraison éphémère des cerisiers est désormais connue dans le monde entier, l’explosion de rouille, de pourpre et d’or des érables et des ginkos lors de l’apogée automnal n’est pas moins attendue au Japon. Elle est le théâtre d’une mélancolie plus prononcée, d’une beauté qui jette ses derniers feux, avant le flétrissement puis la glace et le givre.

Corinne Atlan et Zéno Bianu

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Choix de Haïkus


(Page 35)

J’ai tué une araignée –
solitude
de la nuit froide

Masaoka Shiki (1867-1902)

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(Page 37)

Ce chemin –
seule la pénombre d’automne
l’emprunte encore

Matsuo Bashô (1644-1694)

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(Page 44)

Après avoir contemplé la lune
mon ombre
me raccompagne

Yamaguchi Sodô (1642-1716)

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(Page 51)

Dans chaque perle de rosée
tremble
mon pays natal

Kobayashi Issa (1763-1828)

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(Page 56)

Automne
le malheur et rien d’autre –
Je poursuis mon voyage

Taneda Santôka (1882-1940)

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(Page 65)

Monstre
il montre son cul rond
le potiron

Natsume Sôseki (1867-1916)

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(Page 67)

Pluie d’automne –
les hortensias
se décident pour le bleu

Masaoka Shiki (1867-1902)

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