1Dans le cadre de l’École rhénane des Sciences du Langage (ErSciLang), j’avais prévu initialement de faire une conférence générale sur les temps verbaux (désormais TV) de l’indicatif en français à partir des trois catégories du temps, de l’aspect, de la modalité, qui sont sollicitées traditionnellement pour leur description, auxquelles est ajoutée, depuis peu, la catégorie de l’évidentialité (TAME).
2Chemin faisant le long des conférences ErSciLang, tout particulièrement lors de la séance de février 2024 au cours de laquelle L. Gosselin a présenté son ouvrage de 2021, il m’est apparu qu’il serait peut-être plus opportun, pour répondre au souci de linguistique cumulative, partagé par beaucoup, notamment par G. Kleiber, de focaliser la communication sur la mise en relation de deux théorisations actuelles des TV de l’indicatif, développées d’une part par L. Gosselin (i.a. Gosselin 1996, 2005, 2010, 2011, 2013, 2017, 2018, 2021), et d’autre part par nous-même(s) (i.a. Barceló & Bres 2006 ; Azzopardi & Bres 2017 ; Bres 2012, 2020, 2022 ; Bres, Azzopardi & Sarrazin 2012 ; Bres & Labeau 2013, 2015 ; Bres & Le Bellec 2017, 2019, 2021). Ces deux théorisations relèvent de l’approche aspectuo-temporelle, qui s’est vue complétée, voire partiellement contestée par des approches alternatives. Dans un premier temps, je proposerai un bref classement des différentes approches des TV. Je présenterai ensuite les principaux fondements communs aux deux approches retenues. Dans un troisième temps, j’expliciterai deux lieux actuels de débat entre elles : le conditionnel, le participe passé, et quelques questions laissées en suspens.
- 1 Plus précisément, de l’élément de référence R, cf. infra (v).
3On peut classer, de façon forcément simplificatrice, les recherches en 5 types d’approche :
– Approche aspectuo-temporelle : c’est celle des grammaires d’usage (i.a. Grevisse & Goosse 200814 ; Riegel et al. 20094 ; Wilmet 20105 ; Grande Grammaire du Français 2021 ; Temps simples, Temps composés par D. Apothéloz in Encyclopédie Grammaticale du Français 2021). Les TV sont décrits à partir des notions de temps (inscription du procès1 dans l’une des trois époques : présente, passée, future), d’aspect (façon de représenter le déroulement du (temps du) procès), et de modalité (type de validation du procès) : par exemple dans
1) Marie est venue dimanche
le passé composé peut être analysé comme inscrivant le procès venir dans le passé, globalement, et épistémiquement comme certain.
– Approche textuelle/discursive. Les TV sont décrits à partir de leur fonctionnement textuel : le passé simple sera analysé comme temps du premier plan ; l’imparfait, comme temps de l’arrière-plan (Weinrich 1964). Et/ou à partir de leur fonctionnement discursif : le présent sera analysé comme temps déictique ; l’imparfait, comme temps anaphorique, de différentes façons selon les auteurs (Kamp & Rohrer 1983 ; Molendijk 1990 ; Berthonneau & Kleiber 1993 ; Kleiber 1993).
– Approche énonciative. Les temps verbaux sont décrits à partir de deux types d’actualité : noncale/toncale (Damourette & Pichon [1911-1936] 1970). Ou comme s’organisant en deux plans d’énonciation : de l’histoire/du discours (Benveniste 1966). Ou en deux mondes : du raconter/du commenter (Weinrich 1964). Ou bien encore selon différents référentiels temporels (Desclés 2017).
– Approche pragmatique. Les TV disposent d’une valeur sémantique de base, de forme procédurale, qui en interaction avec différents paramètres pragmatiques contextuels, donne matière à différentes sorties interprétatives finales (Moeschler (éd.) 1998). En appui sur le principe de pertinence, sont distingués les usages descriptifs des temps verbaux de leurs usages interprétatifs (Saussure 2003, 2010).
– Approche constructionnelle. Plus récemment, dans les cadres des grammaires de construction, a été proposée, pour l’heure sur le seul conditionnel, une analyse qui pose que l’unité linguistique pertinente est moins le morphème verbal que la construction dans laquelle il s’insère ; et que les différents emplois de ce temps sont, conventionnellement et non productivement, appariés à des constructions syntaxiques différentes (Patard 2017 ; Caudal 2018).
Ajoutons que les approches textuelle, discursive, énonciative, pragmatique et constructionnelle ne rejettent pas l’approche aspectuo-temporelle : le plus souvent, elles se proposent de la compléter à partir de paramètres que celle-ci ne prend en compte que secondairement, ou minore quelque peu.
4Ces deux approches se sont développées, au départ indépendamment, puis à partir des années 2000, en dialogue, chacune des deux restant fidèle à ses choix initiaux : la volonté de construire une théorie systématique, qui articule ses concepts et ses principes en un système, pour L. Gosselin (désormais LG) ; le souci de décrire finement les différents emplois des formes verbales en appui (critique) sur la psychomécanique de G. Guillaume ([1929] 1984), pour J. Bres (désormais JB).
- 2 Selon d’autres terminologies : imperfectivement, ou de façon sécante.
- 3 Selon d’autres terminologies : perfectivement.
5Soit les 5 principaux fondements communs, qui seront illustrés sur le conditionnel présent et le participe passé :
(i) Analyse systémique : les TV ne sont pas des îles, qu’il serait possible d’étudier séparément, mais forment un système. Ainsi le conditionnel est-il en relation avec le futur (infixe [ʁ] commun : chanterait/chantera) et avec l’imparfait (affixe [ε] commun : chanterait/chantait), ce que signale leur apparentement morphologique. Le participe passé forme un sous-système avec le participe présent et l’infinitif (chanter/chantant/chanté), ce que signale le fait que ces trois formes sont a-personnelles et atemporelles. La valeur du conditionnel se construit différentiellement de son rapport au futur et à l’imparfait ; tout comme la valeur du participe passé (désormais p.p.) se construit différentiellement de son rapport à l’infinitif et au participe présent.
(ii) Approche aspectuo-temporelle : le système des TV du français repose sur les deux paramètres du temps et de l’aspect. Le temps concerne l’inscription dans le temps de l’élément de référence R (cf. infra (v)) du procès à partir de l’énonciateur (S) ; l’aspect (grammatical) concerne la représentation du temps impliqué par le procès (Guillaume [1933] 1964 : 47-48), à savoir le déroulement du temps interne inhérent à sa phase processuelle et, complémentairement, du temps de la phase qui le précède (phase pré-processuelle) et du temps de la phase qui le suit (phase post-processuelle). Ainsi – sans entrer dans le détail des différents aspects (LG 2021 : 33 ; JB 2020), et à titre d’exemples – dira-t-on que dans allait venir le temps impliqué est représenté prospectivement et cursivement (i.e., dans son cours)2 ; dans vint, processuellement et globalement3 ; dans venait de venir, rétrospectivement et cursivement.
6Le paramètre de l’aspect est de plus d’importance systémique que celui du temps. Certaines formes sont atemporelles : l’infinitif et le participe ; alors qu’il n’y a pas de forme a-aspectuelle.
(iii) Conception dualiste de la distinction aspect lexical/aspect grammatical. L’aspect lexical concerne le lexème verbal, ses compléments, sans oublier nos connaissances du monde. En appui notamment sur Garey 1957 et Vendler 1967, sont distingués les procès atéliques (état : savoir, activité : courir) des procès téliques (accomplissement : venir, achèvement : exploser). L’aspect d’un énoncé résulte de l’interaction entre l’aspect lexical, l’aspect grammatical et, plus largement le co(n)texte. Les différents paramètres sont le plus souvent concordants comme dans Marie est venue dimanche : concordance entre procès accomplissement, aspect global passé et semelfactivité. Mais ils peuvent être tendanciellement discordants comme dans Marie est venue à midi : discordance entre procès accomplissement et ponctualité du circonstant, qui se résout par la contraction du procès sur sa borne terminale, en équivalence à arriver.
(iv) Analyse monosémiste. Sont distingués le plan de la langue, où se détermine la valeur des formes, et celui du discours, où sont réalisés (et observables) les différents effets de sens, ou emplois. Dans la diversité des sens produits résultativement, un TV donne toujours les mêmes instructions, celles qui procèdent de sa valeur en langue. La pluralité observable au niveau discursif est le résultat de l’interaction des mêmes instructions du TV avec des éléments co(n)textuels différents. L’hypothèse est fortement contre-intuitive, qui doit rendre compte de ce que
– c’est une seule et même valeur du conditionnel qui est comptable de l’emploi « temporel » d’ultérieur du passé en (2), de l’emploi « modal » d’éventualité en (3), et de l’emploi évidentiel reportif en (4) :
2) Marie m’a dit qu’elle chanterait la Santa Espina la semaine prochaine.
3) Marie chanterait la Santa Espina, on pleurerait de joie.
4) Selon Pierre, Marie chanterait la Santa Espina la semaine prochaine.
– c’est une seule et même valeur du p.p. descendue qui est comptable de son sens actif en (5) et de son sens passif en (6) :
5) Une fois descendue du car, elle pose sa valise par terre. (Murakami, Kafka sur le rivage, 2011)
6) Une fois ma valise descendue, un taxi m’attendait juste devant l’entrée ! (https://www.wattpad.com)
- 4 Pour JB cependant, S demeure un point.
- 5 Ei représente la limite initiale du temps impliqué par le procès ; Et, sa limite terminale.
(v) Analyse néo-reichenbachienne. Reichenbach ([1947] 1980) pose, pour décrire les temps de l’anglais, trois points : E (event point), S (speech point) et R (reference point), et deux relations temporelles entre eux : d’antériorité et de coïncidence. LG et JB proposent différents aménagements dont, entre autres, l’ajout, aux relations de coïncidence (=) et d’antériorité (<), des relations d’inclusion (⊏), et de neutralité (⊆) ; et le remplacement des points par des intervalles4. L’aspect grammatical concerne la relation entre R et E ; le temps, la relation entre R et S. Le passé composé de (1) est venue (global, passé) sera décrit comme [R=Ei-Et]5, et [R<S].
(vi) Temps ramifié. En appui sur les approches logiques du temps, notamment la logic of branching time (i.a. Kripke 1963 ; Rescher & Urquhart 1971 ; Gardies 1975), différents travaux (Martin 1981 ; Vet 1981 ; Vuillaume 2001 ; Gosselin 2018, 2021 ; Bres 2012) considèrent que le temps n’est pas unilinéaire mais ramifié, plus précisément qu’il est asymétrique : envisagé depuis un point de repère, le cours des événements qui précèdent est irrévocable, c’est-à dire qu’il est rétrospectivement nécessaire (représentation linéaire) ; alors que le cours des événements qui suivent est prospectivement possible (représentation ramifiée). Les temps verbaux sont doublement partie prenante dans la représentation asymétrique du temps. LG, et à sa suite JB, s’accordent à poser pour la description des TV deux points de ramification :
– l’un correspond à la borne finale de l’intervalle d’énonciation (S) (LG) ou au point d’énonciation S (JB), à partir duquel ce qui est présent ou passé est irrévocable, et ce qui est futur est possible (modalité temporelle) ;
– l’autre correspond à la borne finale de l’intervalle de référence (R), à partir de laquelle ce qui précède est présenté comme irrévocable, et ce qui suit reste possible (modalité aspectuelle).
7Dans Marie vint le voir, le procès venir est temporellement et aspectuellement, du fait de l’aspect global du passé simple, dans l’irrévocable unilinéaire ; dans Marie venait le voir, le procès, en cotexte semelfactif, est temporellement dans l’irrévocable et aspectuellement, du fait de l’aspect cursif de l’imparfait [R⊏Ei-Et], en partie dans l’irrévocable (avant la borne finale de R) et en partie dans la ramification du possible (au-delà de cette borne finale). Dans Marie viendra le voir, le procès est temporellement possible parce que situé après S, et, si l’on fait une lecture globale de l’aspect du futur ici, aspectuellement irrévocable parce qu’il n’excède pas la borne finale de R ([R=E]).
8Les analyses des TV de LG et de JB relèvent d’une approche systémique, aspectuo-temporelle, monosémiste, qui pose la distinction entre le plan de la langue où se construisent les valeurs et le plan du discours où se produisent les effets de sens en interaction (i) entre aspect grammatical du TV, aspect lexical du procès, et co(n)texte ; et (ii) entre temps unilinéaire et temps ramifié, qui permet d’expliciter le statut modal des procès.
9Sur l’assise commune présentée supra, les deux approches développent des divergences, qui sont le lieu de débat entre elles. J’en expliciterai deux dans la suite de cet article : elles concernent la ramification du temps au conditionnel, et l’aspect du participe passé.
10Soit l’énoncé :
7) Marie a dit qu’elle viendrait le voir
dans lequel le procès est posé par le conditionnel comme ultérieur au procès dire dans le temps ramifié des possibles : venir peut être le cas comme ne pas être le cas. Comment décrire la ramification du temps au conditionnel ?
11Partons de la similarité morphologique entre futur et conditionnel : chante-r-a//chante-r-ait. Ces deux formes sont issues d’une périphrase bas-latine : infinitif du verbe suivi de habere au présent pour le futur, à l’imparfait pour le conditionnel. Le passage du latin aux langues romanes s’effectue par la grammaticalisation de habere qui perd son autonomie accentuelle ainsi que son statut de mot à part entière pour devenir une désinence (Hopper & Traugott [1993] 2003) : cantare habet > chantera ; cantare habebat > chanterait.
12LG et JB s’appuient tous deux sur la morphologie : de façon identique pour l’infixe [r] (en tant que signifiant d’ultériorité), et dans le doublement d’une instance pour l’affixe [ε] ; mais de façon différente en ce qui concerne la nature du doublement : pour LG, R se dédouble en deux intervalles de référence, R1 et R2, le premier antérieur au second, soit : R1<R2 (re 4. 1) ; pour JB, c’est S qui se dédouble en deux points d’énonciation, S' et S, le premier antérieur au second, soit : S'<S (fig. 2) :
Figure 1. Ramification selon LG
Figure 2. Ramification selon JB
13Selon l’analyse de LG, l’ultériorité du moment de référence (R2) qui affecte le procès venir se réalise par rapport à un autre moment de référence (R1), situé dans le passé, correspondant (le plus souvent mais pas obligatoirement) à l’expression d’un point de vue subjectif, dans le cas présent le verbe dire, introducteur du discours rapporté.
- 6 Soulignons : l’élément placé en ultériorité, que ce soit R2 par rapport à R1 pour LG, ou R par ra (...)
14Selon l’analyse de JB, l’ultériorité6 du moment de référence R qui affecte le procès venir se réalise non par rapport à un autre moment de référence, mais par rapport à un autre point d’énonciation, S', situé dans l’antériorité de S, à savoir dans le passé, qui sous-tend le procès dire.
15Cette analyse différente du doublement d’une instance – R pour LG, S pour JB – entraîne une différence concernant le point de ramification : pour LG, il s’agit de R1, et on a affaire à une ramification de type aspectuel (la ramification se réalise à partir de la borne terminale de l’intervalle de référence). Pour JB, il s’agit de S', et on a affaire à une ramification de type temporel (la ramification se réalise à partir d’un point d’énonciation).
16La différence d’analyse peut sembler anecdotique ; le débat, byzantin et s’apparenter à une discussion sur le sexe des anges, j’en conviens, d’autant (i) que les deux théories sont globalement d’accord pour mettre en relation ultériorité et subjectivité, certes de façon différente : directement et obligatoirement pour JB, indirectement et facultativement pour LG (R1 comme un autre moment, situé dans le passé, et correspondant facultativement à l’expression d’un point de vue subjectif). Et (ii) qu’on peut rapprocher point de vue subjectif et S'.
17Il me semble toutefois intéressant d’expliciter ce que cette différence entraîne dans le traitement d’un emploi qui peut sembler contredire les deux théorisations : l’emploi du conditionnel dit objectif (ou narratif, historique, factuel) – signalé, peut-être pour la première fois, par Damourette et Pichon ([1911-1936] 1970 : § 1842) – réalisé en (8) :
8) (Assassinat d’une riche héritière, lors d’une sordide affaire de règlement de compte à Nice) L’employé Mohamed Darwich, 54 ans, avait succombé à ses blessures le 10 mai. Hélène Pastor, elle, mourrait le 21 mai, à l’âge de 77 ans. (20 Minutes, 9/02/2016)
Apparemment, aucune trace de subjectivité, et le procès mourrait semble placé dans l’unilinéarité du passé, ce que teste son possible remplacement par un passé simple : Hélène Pastor […] mourut le 21 mai.
18LG rend compte de cet emploi récalcitrant de façon parfaitement cohérente avec sa théorisation : le fait qu’il n’y ait pas ici de point de vue subjectif n’est pas dirimant dans la mesure où l’analyse pose cet élément comme secondaire, voire facultatif : R1 peut correspondre à un point de vue subjectif comme en (7), ou ne pas y correspondre comme en (8). D’autre part, le fait que le procès soit compris comme factuel n’écarte pas la ramification : dans la mesure où, en logique du temps ramifié, tous les moments du temps sont des points de ramification, c’est ici à partir du circonstant le 10 mai que s’origine la ramification. Simplement, du fait du co(n)texte, le procès est actualisé sur la branche factuelle du temps, et non sur une branche contrefactuelle ou simplement possible, comme en (7).
19La résistance de cet emploi du conditionnel est plus forte pour JB qui pose que la ramification est liée fondamentalement au rapport temps/subjectivité : pour l’énonciateur, seule l’époque future relève de la ramification des possibles. L’époque passée est unilinéaire… sauf si, par l’entremise du conditionnel, l’énonciateur place dans le passé, explicitement ou implicitement, une autre instance subjective, à partir de laquelle peut se construire la ramification des possibles : en (7), c’est à partir du dire de Marie et de son énonciation rapportée que le procès viendrait est envisagé comme s’inscrivant en ultériorité dans la ramification des possibles. Comment dès lors rendre compte de (8), qui manifestement ne place pas, même implicitement, de subjectivité antérieure ?
20JB s’appuie sur la diachronie : l’emploi objectif est tardif (xixe siècle), encore peu fréquent, et est explicable en terme de grammaticalisation lente (plusieurs siècles) de l’emploi subjectif par extension syntaxique (l’usage du conditionnel n’est plus lié à une énonciation rapportée), ce qui induit un changement sémantique : le procès n’est plus de l’ordre du possible (ramification), mais du factuel (unilinéarité). Ce qui le distingue des temps du passé, notamment du passé simple, c’est que, là où ces formes placent simplement l’élément de référence R du procès mourir dans l’époque passée sans le positionner par rapport au procès précédent, – ce sont les éléments contextuels qui s’en chargent –, le conditionnel le fait en le plaçant en ultériorité à partir du procès précédent (et de sa datation : « le 10 mai »).
21L’explication fournie va dans le sens de l’analyse du conditionnel dépendant d’un point d’énonciation S' comme point de ramification : à partir du moment où le procès au conditionnel n’est plus « vu » à partir d’une subjectivité antérieure, il s’inscrit comme ultérieur non dans la ramification des possibles mais dans l’unilinéarité factuelle du passé.
22Ladite analyse va également dans le sens du parallélisme morphologique futur/conditionnel : le futur se construit sur une ultériorité ramifiée à partir de l’élément d’énonciation S ; le conditionnel, sur une ultériorité ramifiée à partir de l’élément d’énonciation S'. L’absence de S' transforme l’ultériorité ramifiée du conditionnel en ultériorité unilinéaire ; le « débranchement » du futur de l’élément d’énonciation S fournit l’emploi objectif (« historique » dans les grammaires) :
9) Le combat que Sartre n’avait pas mené entre 1940 et 1944, il l’accomplira durant la guerre d’Algérie. (Roudinesco, Philosophes dans la tourmente, 2005)
23Le futur inscrit alors le procès dans l’ultériorité unilinéaire du passé, comme le conditionnel, ce qui rend compte de ce que dans cet emploi les deux temps sont interchangeables :
- 7 Reste à expliquer pourquoi le futur historique apparaît dès les débuts de la langue, alors qu’il (...)
8') L’employé Mohamed Darwich, 54 ans, avait succombé à ses blessures le 10 mai. Hélène Pastor, elle, mourrait/mourra le 21 mai, à l’âge de 77 ans7.
24LG fait de l’emploi objectif un conditionnel (presque) comme tous les autres ; JB, un conditionnel qui a pris ses distances énonciatives et modales avec l’emploi prototypique, tout en conservant un lien fort avec lui : celui de l’expression de l’ultériorité.
25Les deux théorisations rendent compte – différemment – de l’emploi, à première vue difficile à expliquer, du conditionnel en emploi objectif : LG maintient le point de référence R1 antérieur au procès, qui, sans correspondance avec un quelconque point de vue subjectif et en relation avec l’intervalle de référence du circonstant, fonctionne, de la même façon que dans les emplois prototypiques du type de (7), comme point de ramification, le procès étant situé co(n)textuellement sur la branche actuelle.
26JB en rend compte en faisant appel à la notion de grammaticalisation : l’emploi objectif, patiemment construit diachroniquement (Bres et al. 2018), s’écarte de l’emploi protypique en ce que, ne s’originant pas dans une énonciation antérieure S', il inscrit le procès comme factuel, sur l’unilinéarité du temps, en ultériorité par rapport à un précédent procès.
- 8 Ainsi font également Waugh (1987 : 5), Wilmet (20105 : 229).
27Les approches de LG et JB proposent également des analyses différentes de l’aspect du participe passé :
– LG (1996, 2005, 2021), définit le p.p. comme d’aspect global8, ou aoristique pour user de sa terminologie, à savoir que, comme pour le passé simple p. ex., l’intervalle de référence R est simultané au temps de réalisation du procès, soit [R = Ei-Et] ;
– JB, en appui sur Guillaume ([1929]1984), définit le p.p. comme d’aspect détensif (Bres 2020 ; Bres & Le Bellec 2017, 2019, 2021), à savoir que l’élément de référence R saisit le procès sur la limite terminale de son temps de réalisation, soit [R = Et].
28La différence peut paraître bien ténue et laisser penser que, pour paraphraser Voltaire, nous pesons des œufs de mouche dans des balances en toile d’araignée. Il me semble pourtant qu’elle mérite débat, tant la question de l’aspect du p.p. est d’importance pour l’ensemble du système des TV du français.
- 9 Une précision, pour répondre à une question d’un évaluateur : nous considérons les temps composés (...)
29L’analyse de LG me semble procéder de son traitement de l’aspect du p.p. dans les formes composées9, notamment le passé composé. En fonction du co(n)texte, ce temps peut avoir sens résultatif présent (Pierre a monté le Ventoux depuis trois heures), sens processif passé (Pierre a monté le Ventoux en trois heures), ou sens sous-déterminé par rapport à cette distinction (Pierre a monté le Ventoux). L’analyse du p.p. comme d’aspect global procède de la compatibilité du passé composé avec des circonstants qui explicitent la durée totale du procès, comme en x temps. Les emplois résultatif et processif tiennent à la mise en saillance, suivant le co(n)texte, de l’auxiliaire ou du p.p.
30L’effet de sens résultatif procède de ce que, en interaction possible avec des circonstanciels du type depuis x temps, c’est l’auxiliaire qui est saillant, et le passé composé signifie l’état résultant dans le présent d’un procès accompli antérieurement, comme dans : Pierre a monté le Ventoux depuis trois heures.
31L’effet de sens processif procède de ce que, en interaction possible avec des circonstanciels du type en x temps, c’est le p.p. qui est saillant, et qui, par son aspect global, donne à voir le procès globalement dans le passé, comme dans Pierre a monté le Ventoux en trois heures.
32L’hypothèse du p.p. comme d’aspect global rend parfaitement compte des emplois du passé composé. LG ne l’a développée que sur les formes composées et le passif. Pour asseoir sa puissance, il me semble qu’elle devra être testée notamment sur les (im)possibilités du p.p. en emploi nu, présentées infra.
33JB entend proposer une analyse de l’aspect du p.p. qui puisse expliquer sa position dans le système et ses différents emplois.
- 10 Soit selon la terminologie guillaumienne : en tension seulement, à la fois en tension et en déten (...)
34Est retenue l’analyse de G. Guillaume selon qui le p.p. est une forme du mode atemporel et apersonnel « in posse » ([1929]1984), complémentairement à l’infinitif et au p. présent avec lesquels il forme système. Les temps de ce mode donnent seulement une instruction aspectuelle : l’infinitif représente le temps impliqué par le procès globalement, soit [R=Ei-Et] ; le p. présent le représente cursivement, soit [R⊏Ei-Et] ; le p.p. le représente sur sa limite terminale, soit [R=Et]10. Soit pour le verbe venir, le schéma aspectuel du p.p. venu :
Figure 3 : venu
35Le p.p. est la seule forme d’aspect détensif de toute la conjugaison. Cette spécificité aspectuelle permet d’expliquer différents faits morpho-syntaxiques, notamment que le p.p. n’existe qu’à la forme simple : saisissant le procès sur la limite terminale du temps interne, il est une forme « morte » (Guillaume 1971, leçon du 3 mars 1949 : 175), qui ne peut être « ranimée » par une autre forme « morte », celle de l’auxiliaire lui-même au p.p. (eu, été), ce qui explique l’impossibilité de *été venu. Et ce, à la différence de toutes les autres formes verbales, notamment celles du mode nominal : l’infinitif venir, d’aspect global, dispose de la forme composée être venu ; le p. présent venant, d’aspect cursif, de la forme composée étant venu.
36Le p.p. peut se réaliser, selon le type de procès, dans 4 emplois en discours – dans les formes composées (10, 11), dans le passif périphrastique (12), en emploi nu (13), recatégorisé en adjectif (14) (ou en nom) – ce que j’illustre sur le verbe condamner :
10) L’oiseau au compas d’infini a déserté le ciel / Il chante sur ton épaule le désespoir des années / La mer a condamné ses feux dans chacun de ses nids. (Jabès, Le Sable, 1959)
11) On me dit que le conseil de guerre a condamné hier à mort huit habitants de Poitiers. (Garçon, Journal (1939-1945), 2015)
12) On découvre au cours de l’été 1859 qu’elle est condamnée par le même mal. (Forest, L’enfant éternel, 1997)
13) Une fois condamnée, il n’y aura plus de recours possible, au juge ni à l’avocat, vous serez encore plus à sa merci. (Sarrazin, La Cavale, 1965)
14) […] quelles qu’aient été ses fautes, ou ses erreurs, ou ses faiblesses, condamnables et condamnées, nous n’oublions pas Verdun, ni la victoire de 1918, […]. (de Gaulle, Discours et messages, 1946)
Dans des travaux antérieurs, nous avons analysé en détail le p.p. en emploi nu (2017), dans les formes composées (2019), et dans le passif périphrastique (2021). Je n’évoquerai ici que les deux premiers.
(i) P.p. et forme composée. Soit l’emploi résultatif du passé composé a condamné actualisé en (10) : le p.p. correspondant aspectuellement au point ultime du déroulement du temps interne de la phase processuelle, l’auxiliaire qui vient à son secours permet de saisir le procès condamner, à partir et au-delà du point Et de la phase processuelle atteint, dans la phase post-processuelle dans le moment présent.
37Soit l’emploi processif, actualisé en (11) par le passé composé a condamné, en cotexte passé (hier). Comment rendre compte de ce que le p.p., s’il saisit le temps du procès condamner sur sa limite terminale, puisse, avec l’aide d’un auxiliaire au présent, signifier la phase processuelle au passé, et ce globalement ? Mon hypothèse est que le passé composé, du fait de la position du p.p. sur la limite terminale, a une propension à signifier la phase post-processuelle comme en (10). Mais, de par cette position également, il présuppose que le procès s’est réalisé intégralement (à la différence du p. présent par exemple). En fonction du cotexte, ce qui n’était que présupposé devient le posé : en (11), l’adverbe hier invite à comprendre que le passé composé a condamné donne à voir, à partir de la limite terminale Et, l’entier du temps interne du procès condamner dans sa phase processuelle, à l’époque passée.
38LG et JB, à partir d’une analyse différente de l’aspect du p.p. – [R=Ei-Et] pour le premier, [R=Et] pour le second – apportent à la question des deux emplois du passé composé des réponses différentes : pour LG, c’est, en fonction du co(n)texte, la saillance de l’auxiliaire ou du p.p. qui rend compte de l’actualisation de l’effet de sens résultatif présent ou processif global passé ; pour JB, c’est, en fonction du co(n)texte, que le p.p., de par son aspect détensif, permet d’actualiser, avec l’aide d’un auxiliaire, ce qui fait suite à la phase processuelle, à savoir l’effet de sens résultatif ; ou bien la phase processuelle dans le passé : ce que la position du p.p. sur la limite terminale présuppose – la réalisation globale du procès – devient le posé et permet d’actualiser, avec l’aide d’un auxiliaire, l’effet de sens processif.
39(ii) P.p. et emploi nu. Je comprends que l’on puisse trouver quelque peu « capillotractée » l’explication de JB de l’emploi processif du p.p. dans les formes composées, dans la mesure où pour l’heure elle n’a pas pour sa défense d’éléments linguistiques qui viennent la conforter. L’analyse de l’emploi nu (incident à un actant sans la médiation de être ni de avoir), que l’on a dans (13), que je reprends sous (15), sera une meilleure avocate de la cause du p.p. d’aspect détensif :
15) Une fois condamnée, il n’y aura plus de recours possible, au juge ni à l’avocat, vous serez encore plus à sa merci. (Sarrazin, La Cavale, 1965)
Cet emploi souffre de restrictions. Pour les faire apparaître, distinguons entre verbes transitifs (condamner) et verbes intransitifs, et dans ces derniers différencions inaccusatifs (venir), qui sélectionnent l’auxiliaire être, et inergatifs (courir) qui sélectionnent, pour leurs formes composées, l’auxiliaire avoir. Je reprends ici l’hypothèse inaccusative, développée notamment dans la théorie de l’optimalité (Legendre 1989 ; Legendre & Sorace 2003) pour laquelle : « the argument of an unergative predicate is at the deepest syntactic level a subject while that of an unaccusative predicate is a direct object ». (Legendre 1989 : 95)
40Sans adopter la distinction entre structure profonde et structure de surface, je retiens que l’actant sujet des verbes inaccusatifs (venir), à la différence de l’actant sujet des verbes inergatifs (courir), est affecté par le procès et a une composante de patientivité, ce qui le rapproche, par certains comportements syntaxiques, de l’objet direct des verbes transitifs (condamner).
- 11 Notons que dans le style télégraphique, on peut trouver le p.p. d’un transitif (et également d’un (...)
41L’emploi nu peut affecter le second actant des verbes transitifs (15, supra), le prime actant des verbes inaccusatifs (16), mais pas le prime actant des inergatifs (17) ni celui des transitifs (18)11 :
16) Une fois venu l’instant des obscurs sacrifices, les calculs personnels l’emportent. (de Gaulle, Œuvres, 1963)
17) Harbert *couru jusqu’au rivage, en revint avec deux grandes coquilles de bivalves. (/ayant couru, Verne, L’Île mystérieuse, 1874)
18) Ces deux hommes *condamné Shakespeare, tout fut dit. (/ayant condamné, Hugo, William Shakespeare, 1864)
42Notons que le prime actant des inergatifs (17) comme celui des transitifs (18), incompatible avec le p.p., est parfaitement compatible avec le p.présent en emploi nu :
17') Harbert courant jusqu’au rivage, en revint avec deux grandes coquilles de bivalves.
18') Ces deux hommes condamnant Shakespeare, tout fut dit.
43Les inaccusatifs usent (à quelques exceptions près) de l’auxiliaire être pour les formes composées (x est venu), forme qui, en tant que copule, sert également à la construction du passif périphrastique des transitifs (y est condamné, supra (13)); alors que les inergatifs ainsi que les transitifs (à la voix active) usent de l’auxiliaire avoir (x a couru, x a condamné y). Comment rendre compte de la corrélation entre emploi de être et possibilité d’user du p.p. nu d’une part ; et emploi de avoir et son impossibilité d’autre part ?
- 12 Les verbes inaccusatifs comme venir, en vertu de leur appartenance d’origine à la voix moyenne en (...)
44Être est un marqueur de la patientivité du sujet grammatical, avoir de son agentivité. Et ce qu’ont en commun le prime actant des inaccusatifs et le second actant des transitifs c’est la dimension de patientivité12 ; comme ce qu’ont en commun le prime actant des inergatifs ainsi que le prime actant des transitifs, c’est la dimension d’agentivité.
- 13 R. Lafont, il y a plus de 50 ans, écrivait, à propos de la voix : « Il semble bien que la tensio (...)
45Sur quelle base se fait la corrélation entre possibilité d’emploi nu du p.p., patientivité et usage de être ; et impossibilité d’emploi nu du p.p., agentivité et usage de avoir ? La clé me semble être l’aspect détensif du p.p. : la représentation détensive du temps interne au p.p. est compatible avec la patientivité (passif), ou avec une association de patientivité et d’agentivité (inaccusatifs), mais incompatible avec la seule agentivité13. À l’inverse, la représentation tensive du temps interne (globale ou dans son cours) est compatible avec l’agentivité mais incompatible avec la patientivité. Ce que confirment les possibilités d’emploi du p. présent : parce qu’il représente le temps interne dans son cours, en tension/détension donc, le p. présent est d’usage en emploi nu avec tout type de verbe, sauf dans une seule structure syntaxique : en incidence au second actant totalement patientif d’un verbe transitif :
15') Une fois *condamnant, il n’y aura plus de recours possible, au juge ni à l’avocat, vous serez encore plus à sa merci.
46L’analyse des (im)possibilités du p.p. en emploi nu confère de la robustesse à l’hypothèse de l’aspect du p.p. comme (R=Et) : c’est parce qu’il donne à voir le temps interne au terme de son déroulement que le p.p. peut être incident à l’actant (partiellement) patientif de procès inaccusatifs ou au second actant (totalement) patientif de procès transitifs ; mais qu’il ne peut être incident au prime actant agentif de procès inergatifs ou transitifs.
47LG, discutant mon hypothèse (communication privée), lui oppose deux types d’occurrences. Dans le premier, le p.p. nu d’un procès accomplissement est accompagné d’un circonstant ponctuel :
19) Hier soir, Emmanuel Macron a voulu envoyer un message à ceux qui pensaient que la résurgence du Covid allait scléroser la fin de son quinquenna : aucun immobilisme, aucune fatalité. C’est le credo martelé pendant les vingt-sept minutes de son allocution, diffusée à 20 heures pile […]. (Europresse)
48Selon LG, l’allocution de 27 minutes a commencé à 20 heures pile : le circonstanciel ponctuel porte sur la limite initiale du temps interne du procès au p.p., et non sur sa limite terminale. L’objection est de taille. Il me semble cependant qu’elle n’invalide pas forcément l’hypothèse [R=Et] : j’avance (provisoirement) que, du fait de l’adverbe hier, est représentée la phase processuelle du procès, selon la relation présupposé > posé (explication de (11), supra), la discordance entre durée du procès et ponctualité du circonstant se résolvant par la contraction en un seul point de l’intervalle [Ei-Et].
49Le second type d’objection concerne la relation entre les deux éléments p.p. nu / prime actant d’un procès transitif, que j’ai posés comme s’excluant l’un l’autre :
20) Tout de suite traversé le bourg et quitté la nationale, nous avons eu le désert pour nous. (Malet, Nestor Burma revient au bercail, 1967)
50Les verbes traverser et quitter sont transitifs (comme le confirment les COD le bourg et la nationale) et les p.p. traversé et quitté, en emploi nu, semblent incidents (implicitement) au prime actant nous. Voilà qui contredirait frontalement l’hypothèse selon laquelle le p.p. nu, parce que détensif, ne saurait être incident à un actant agentif. Il me semble pourtant qu’il n’en est rien. J’avais répondu initialement à LG que, de fait, on avait là des formes du participe présent composé, avec ellipse de l’auxiliaire, soit :
20') Tout de suite (ayant) traversé le bourg et (ayant) quitté la nationale, nous avons eu le désert pour nous.
- 14 Mon auditrice notait que la postposition est fréquente en espagnol. J’ajoute qu’elle est mentionn (...)
Je sais que l’ellipse permet d’expliquer… l’inexplicable. Lors de la présentation de l’exposé à ErSciLang, une auditrice a pertinemment fait remarquer que cette occurrence correspondait peut-être au tour classique du type dès la porte franchie, avec ici postposition du second actant14 auquel le p.p. est incident :
20') Tout de suite le bourg traversé et la nationale quittée, nous avons eu le désert pour nous.
51Mais, si l’on adopte cette analyse, demeure un problème orthographique : l’accord féminin non réalisé de la nationale avec quitté en (20)…
52Bref, le débat n’est pas clos, et j’ai bien conscience que mes explications pour sauver l’hypothèse [R=Et] ne vont pas sans contorsion, et que je ne prêche (peut-être) qu’aux convaincus !
53Après avoir proposé un rapide classement des différentes approches des temps verbaux en français, j’ai présenté les bases communes sur lesquelles reposent les approches aspectuo-temporelles de LG et de JB. J’ai explicité ensuite deux lieux de dialogue entre elles : la ramification du conditionnel, l’aspect du p.p. Je me suis attaché à montrer combien la discussion reste ouverte, tant les TV ont plus d’un tour dans leur sac. Ce n’est qu’un début ! Continuons le débat !