Texte intégral
- 1 Voir l’édition critique de ce texte dans John E. Murdoch (1957), Geometry and the Continuum in the (...)
- 2 H. Lamar Crosby (1955), Thomas Bradwardine. His Tractatus de Proportionibus. Its Significance for t (...)
- 3 Edward Grant (1966), Nicole Oresme, De proportionibus proportionum and Ad pauca respicientes, Madis (...)
- 4 Blaise de Parme (2005), Questiones circa Tractatum proportionum magistri Thome Braduardini, édité p (...)
1Dans cet article, il ne sera pas question de théorie de la démonstration, mais de pratiques. Les auteurs que nous étudions, Thomas Bradwardine, Nicole Oresme et Blaise de Parme, n’ont pas, à notre connaissance, développé de théorie de la démonstration. En particulier, aucun d’entre eux n’a commenté les Seconds analytiques d’Aristote. Ainsi, nous ne pouvons appréhender leur conception de la preuve qu’aux travers de leurs pratiques. Nous centrerons notre analyse sur quatre textes : le De continuo de Thomas Bradwardine1, le Tractatus de proportionibus du même auteur2, le traité De proportionibus proportionum de Nicole Oresme3 et les Questiones circa Tractatum proportionum magistri Thome Braduardini de Blaise de Parme4. Nous avons choisi ces textes, car ils ont tous la caractéristique de se rattacher à la fois aux mathématiques et à la philosophie naturelle, et les trois derniers appartiennent à une même tradition. Par ailleurs, le De continuo a une structure semblable aux éléments d’Euclide, le commentaire de Blaise de Parme est un recueil de questions, à la structure très codifiée, et les deux autres textes adoptent une forme plus libre.
2Nous allons donner quelques exemples de démonstrations dans ces traités en nous intéressant à la structure argumentative à l’échelle du traité et à celle de la preuve. Nous montrerons comment la logique intervient dans l’écriture des preuves. Nous verrons enfin comment les débats, qui structurent la vie universitaire à l’époque de la rédaction de ces traités, sont reflétés dans ces textes.
- 5 Jean Celeyrette (2015), « From Aristotle to Classical Age, the Debates Around Indivisibilism », in (...)
- 6 Voir en particulier, John E. Murdoch (1964), « Superposition, Congruence and Continuity in the Midd (...)
- 7 Edith D. Sylla (1997), « Thomas Bradwardine’s De continuo and the Structure of Fourteenth-Century L (...)
- 8 Sabine Rommevaux (2010), « Le De continuo de Thomas Bradwardine : un traité de philosophie naturell (...)
3Le De continuo a été composé entre 1328 et 1335, alors que Thomas Bradwardine était maître ès arts au collège de Merton à Oxford. Dans ce traité, central pour la question de la composition du continu très débattue en ce début du XIVe siècle, Thomas Bradwardine réfute les théories des atomistes selon lesquels le continu serait composé d’un nombre fini ou infini d’atomes ou d’indivisibles5. Pour sa part, il soutient la position d’Aristote d’un continu dont les parties sont indéfiniment divisibles. John Murdoch, qui a édité ce traité, le présente comme une œuvre mathématique, notamment en raison de sa structure très proche des éléments d’Euclide, et il insiste sur le traitement mathématique que Thomas Bradwardine fait du continu6. Edith Sylla pense, quant à elle, qu’il s’agit d’un traité de physique, voire de théologie, en raison de l’arrière-plan théologique dans lequel la question du continu est généralement débattue à cette époque7. Nous avons eu l’occasion de montrer que ce traité a pour objet le continu pour lequel Thomas Bradwardine propose un traitement à la fois mathématique et physique8. Ainsi, ce traité établit un lien entre les deux disciplines ; il en abolit même les frontières.
- 9 John E. Murdoch (1957), Geometry and the Continuum, p. 349 : « Nunc ordinem congruum 10 supposition (...)
- 10 John E. Murdoch (1957), Geometry and the Continuum, p. 349 : « Omne maius posse dividi in equale et (...)
- 11 John E. Murdoch (1957), Geometry and the Continuum, p. 349 : « Si finitum addatur finito, totum eri (...)
- 12 John E. Murdoch (1957), Geometry and the Continuum, p. 349 : « Omne corpus, superficiem, lineam, ac (...)
- 13 John E. Murdoch (1957), Geometry and the Continuum, p. 349 : « Omnium duorum motuum localium eodem (...)
- 14 John E. Murdoch (1957), Geometry and the Continuum, p. 349 : « Ubi diversitatis vel dissimilitudini (...)
- 15 Sabine Rommevaux (2010), « Le De continuo de Thomas Bradwardine ».
- 16 Aurélien Robert (2010), « Atomisme et géométrie à Oxford au XIVe siècle », in Sabine Rommevaux (éd. (...)
- 17 John E. Murdoch (1957), Geometry and the Continuum, p. 349 : « Omnes scientias veras esse ubi non s (...)
- 18 John E. Murdoch (1957), Geometry and the Continuum, p. 350 : « Istis premissis, sequuntur conclusio (...)
4Le De continuo débute par vingt-quatre définitions et dix suppositiones. Les définitions présentent les notions utilisées dans le traité : continu, indivisible, corps, surface, ligne, point, temps, degré de mouvement, application des lignes, commencement et fin d’un mouvement, infini, etc. Les suppositiones sont des prémisses délimitant le cadre dans lequel a lieu la discussion. Dans un commentaire, Thomas Bradwardine explique qu’elles sont évidentes9. Il fait référence au livre IV de la Physique d’Aristote pour la première : « Toute chose plus grande qu’une chose donnée peut être divisée en une chose égale à la chose donnée et en la différence selon laquelle la chose plus grande excède la chose donnée »10. Comme la première, la plupart des suppositiones présentent des propriétés sur les grandeurs, le fini, les mouvements, etc. Par exemple : « Si un fini est ajouté à un fini, le tout sera fini » (supposition 2)11, ou : « Tout corps, toute surface, toute ligne et tout point peuvent être mus uniformément et continûment » (supposition 6)12, ou encore : « Soient deux mouvements locaux continus quelconques selon le même temps ou en des temps égaux, les rapidités et les espaces parcourus par eux dans le même temps sont proportionnels » (supposition 7)13. D’autres suppositiones proposent des sentences plus générales. Ainsi la supposition 3 demande que « Là où il n’y a aucune cause de diversité ou de dissemblance, la chose est jugée comme semblable »14. Nous avons montré, à la suite d’Edith Sylla, que cette supposition jouait un rôle central dans le traité, puisqu’elle permet d’étendre un résultat démontré pour un type particulier de continu, par exemple une ligne, ou un liquide, à tous les continus, qu’ils soient physiques ou mathématiques15. Cette supposition implique en particulier que le temps ne peut pas être composé d’instants disjoints, alors que la ligne mathématique serait composée de parties indéfiniment divisibles. Une telle supposition est rejetée par les tenants de la composition du continu à partir d’atomes, qui demandent un traitement différent du continu mathématique et du continu physique16. Autre supposition très générale : « Sont vraies toutes les sciences pour lesquelles le continu n’est pas supposé être composé d’indivisibles » (supposition 4)17. En particulier, les propositions de la géométrie euclidienne sont vraies. Là encore, cette supposition ne serait pas admise par les adversaires de Thomas Bradwardine. « Ces prémisses étant posées, suivent des conclusions démontrées dans l’ordre »18, comme le dit Thomas Bradwardine. Nous verrons plus loin à quoi ressemblent les démonstrations de ces conclusions.
- 19 Jean Celeyrette (2008), « Bradwardine’s Rule: A Mathematical Law? », in Walter Roy Laird & Sophie R (...)
5Mathématiques et physique sont aussi présentes dans le Tractatus de proportionibus, composé par Thomas Bradwardine en 1328. Ici, l’objet du traité est une règle du mouvement ; il s’agit d’expliquer pour un mouvement local comment la rapidité s’exprime à l’aide de la puissance du moteur et de la résistance du mobile19. Dans la Physique (par exemple VII, v, 250a 4-6), Aristote a expliqué que la rapidité est liée au rapport de la puissance à la résistance ; Thomas Bradwardine soutient que la rapidité est proportionnelle à ce rapport. Une grande partie du traité est donc consacrée à l’établissement de cet énoncé. Il s’ouvre sur un prologue dans lequel l’auteur explique l’enjeu de son traité et en présente le plan. Il s’organise en trois chapitres, eux-mêmes divisés en parties. Le premier chapitre est consacré à la théorie des rapports et proportions, dont les deux premières parties proposent une série de définitions concernant les différents types de rapports, les manipulations pouvant être effectuées sur eux, et les trois proportionnalités ou médiétés, arithmétiques, géométriques et harmoniques. La troisième partie de ce premier chapitre propose une série de conclusions et débute par huit suppositiones :
Et la première est celle-ci : tous les rapports, dont les dénominations sont les mêmes ou égales, sont égaux.
- 20 H. Lamar Crosby (1955), Thomas Bradwardine. His Tractatus de Proportionibus, p. 76 : « Quarum haec (...)
La deuxième est : étant donné deux extrêmes quelconques, un médian étant interposé ayant à chacun d’eux un rapport, le rapport du premier au troisième sera composé du rapport du premier au deuxième et du rapport du deuxième au troisième20.
- 21 H. Lamar Crosby (1955), Thomas Bradwardine. His Tractatus de Proportionibus, p. 76 : « Harum autem (...)
- 22 Hubert L. L. Busard (1971), « Die Traktate De proportionibus von Jordanus Nemorarius and Campanus » (...)
- 23 H. Lamar Crosby (1955), Thomas Bradwardine. His Tractatus de Proportionibus, p. 78 : « Istarum quin (...)
6La troisième supposition est une généralisation de la deuxième : elle étend la propriété d’insertion à deux médians ou plus. Thomas Bradwardine précise que la première et la deuxième suppositions sont tirées d’un traité Sur les rapports21, présent dans certains manuscrits sous le nom de Jordanus22, mais dont l’attribution n’est pas certaine. Les cinq suppositiones suivantes reprennent plusieurs propositions du livre V des éléments d’Euclide, comme l’explique Thomas Bradwardine23, qui les énonce sans démonstration. Les conclusions qui suivent découlent de ces prémisses.
- 24 Sabine Rommevaux (2010), Thomas Bradwardine, Traité sur les rapports, Introduction, p. xxxvii-xli.
7La deuxième partie du traité a une structure différente, puisqu’il s’agit de réfuter quatre règles du mouvement concurrentes de celle que va défendre Thomas Bradwardine. Celui-ci présente ces différentes règles en citant les passages d’Aristote et d’Averroès qui viennent les soutenir. Puis il propose plusieurs arguments permettant de les rejeter24.
- 25 Sabine Rommevaux (2010), Thomas Bradwardine, Traité sur les rapports, Introduction, p. xli-xlv.
8La première partie du troisième chapitre, dans laquelle Thomas Bradwardine propose sa règle du mouvement, s’organise en une série de conclusions qui s’enchainent les unes aux autres et s’appuient sur des suppositions ou des conclusions présentées dans le premier chapitre sur les proportions25.
- 26 Sabine Rommevaux (2010), Thomas Bradwardine, Traité sur les rapports, Introduction, p. xlviii-l.
- 27 Sabine Rommevaux (2010), Thomas Bradwardine, Traité sur les rapports, Introduction, p. lix-lxii.
9Le quatrième chapitre, qui concerne la mesure du mouvement, soit la détermination de la rapidité à partir de l’espace parcouru, commence par une première partie présentant des résultats géométriques, là encore organisés en définitions, suppositions – des propositions tirées des éléments d’Euclide, et en conclusions26. La deuxième partie, qui pose la question de la relation entre la rapidité et l’espace parcouru, commence par la réfutation des thèses adverses avant que la thèse de Thomas Bradwardine soit présentée en une série de conclusions. Ce chapitre et le traité se terminent avec la détermination de la proportion entre les éléments : l’eau, la terre, l’air et le feu27 ; là encore les conclusions s’appuient sur plusieurs prémisses.
10Soulignons que Thomas Bradwardine présente ces suppositions comme des vérités (vera) :
- 28 H. Lamar Crosby (1955), Thomas Bradwardine. His Tractatus de Proportionibus, p. 132: « Quia per qua (...)
Puisque, à partir de ce qui a été dit et sans avoir à supposer beaucoup d’autres vérités, on peut connaître facilement le rapport des éléments entre eux, et puisque ce savoir est pleinement en accord avec la philosophie naturelle, mais qu’il est resté ignoré jusqu’à maintenant, nous lèverons son secret, même si ce n’est pas très pertinent pour le propos présent. Les vérités qui doivent être posées sont les suivantes : […]28.
- 29 Sabine Rommevaux (2014), Les nouvelles théories des rapports mathématiques du xive au xvie siècle, (...)
- 30 Sabine Rommevaux (2010), Thomas Bradwardine, Traité sur les rapports, Introduction, p. lii-lv.
11Le traité De proportionibus proportionum composé entre 1351 et 1360 par Nicole Oresme, alors maître ès art à Paris, est en quelque sorte un prolongement du traité De proportionibus de Thomas Bradwardine. Nicole Oresme y présente sa fameuse théorie des rapports de rapports qui permet de donner un fondement mathématique à la règle du mouvement de Thomas Bradwardine29. Si cette théorie a la plus grande place dans le traité, l’étude du mouvement est aussi abordée. Nicole Oresme insiste alors, plus que Thomas Bradwardine, sur la manière dont la règle doit être utilisée : il montre notamment comment déterminer l’un des termes intervenant dans la règle du mouvement lorsque les autres sont connus30.
12Comme nous venons de le voir, les traités de Thomas Bradwardine, le De continuo et le Tractatus de proportionibus, présentent une structure bien définie ; les conclusions s’y enchaînent à partir de prémisses posées préalablement. La structure du traité De proportionibus proportionum de Nicole Oresme est plus floue, même si localement les conclusions s’enchaînent à partir de prémisses explicitées. Toutefois, certaines conclusions sont annoncées mais ne sont démontrées que plus loin. Et Nicole Oresme évoque à plusieurs reprises la notion de dénomination d’un rapport avant d’en proposer un exposé. Ainsi, Nicole Oresme ne respecte pas toujours l’ordre logico-déductif. Malgré tout, le style d’exposition est proche de celui des deux traités de Thomas Bradwardine.
- 31 Sabine Rommevaux-Tani (2019), « Les règles du mouvement dans la seconde rédaction des Questions sur (...)
13Les Questiones circa Tractatum proportionum de Blaise de Parme sont un commentaire du traité de Thomas Bradwardine. Nous nous intéresserons ici à la seconde version de ces questions, qui a sans doute été rédigée à l’occasion d’un enseignement dispensé par Blaise de Parme dans une des universités du Nord de l’Italie (Pavie ou Plaisance), entre 1389 et 139731. Sur les douze questions qui composent cette version, sept sont consacrées à la théorie des rapports, mais représentent moins de la moitié du traité.
- 32 De nombreuses études ont été produites sur le sujet, notamment : Olga Weijers (2002), La ‘disputati (...)
- 33 Sabine Rommevaux (2006), « Un exemple de Question mathématique au Moyen Âge », Annals of sciences 6 (...)
14Le traité est un recueil de Questiones. Une Questio suit une forme codifiée, reflet des disputes universitaires32. Elle s’organise généralement en deux parties. La première partie est composée d’arguments pour ou contre la question posée (quod non et quod sic). Il peut s’agir de réponses proposées par des contemporains de l’auteur, rarement cités, des argumentations tirées d’ouvrages faisant autorité, mais aussi des arguments fabriqués par l’auteur pour l’occasion. Dans une seconde partie, l’auteur présente sa propre solution et répond aux arguments qui vont contre sa thèse. La forme Questio est courante en théologie et en philosophie. Mais il existe aussi des questions portant sur les mathématiques, comme en témoignent ces Questiones de Blaise de Parme33.
15Dans les secondes parties des Questiones, lorsque Blaise de Parme propose sa thèse, on trouve là encore une structure déductive que nous qualifions de « locale » : des définitions, des suppositions, des conclusions qui s’enchaînent. Et comme chez Thomas Bradwardine ou Nicole Oresme, les suppositions sont pour la plupart des propositions tirées d’ouvrages de référence comme les éléments d’Euclide, la Physique d’Aristote ou encore le traité Du ciel. Signalons que le plus souvent Blaise de Parme parle de notationes plutôt que de suppositiones. À notre connaissance, il n’existe pas de textes qui codifient ces deux termes, à son époque. Nous pouvons remarquer que dans le texte de Blaise de Parme, les notationes englobent en quelques sortes les suppositiones : une supposition peut être introduite par « noto ». Mais, alors qu’une suppositio est en général une proposition énonçant une propriété, une notatio apporte le plus souvent une précision à propos d’une notion donnée. Ainsi, dans la question 10, on peut lire :
[…] premièrement, il faut noter qu’il y a certaines actions dans lesquelles l’agent s’assimile son patient […] et certaines actions dans lesquelles l’agent ne s’assimile pas son patient.
- 34 Joël Biard & Sabine Rommevaux (2005), Blaise de Parme, Questiones circa Tractatum proportionum, p. (...)
Je note deuxièmement que lorsque qu’il est demandé : “est-ce que la rapidité suit tel ou tel rapport ?”, par rapidité nous pouvons entendre deux choses. Nous pouvons premièrement entendre l’accélération de l’agent dans le patient […]. D’une autre manière, par rapidité nous pouvons entendre l’effet produit ou susceptible d’être produit par l’agent sur le patient34.
16Dans la première notatio, il s’agit de distinguer deux formes d’actions ; dans la deuxième, de distinguer deux sens possibles du terme rapidité. La troisième notatio énonce une propriété et elle est dite suppositio :
- 35 Joël Biard & Sabine Rommevaux (2005), Blaise de Parme, Questiones circa Tractatum proportionum, p. (...)
Je note troisièmement, et c’est une supposition sous cette forme, qu’il n’arrive pas qu’un agent agisse au-delà de son degré propre d’activité35.
17La quatrième notatio énonce elle aussi une propriété, mais n’est pas appelée supposition :
- 36 Joël Biard & Sabine Rommevaux (2005), Blaise de Parme, Questiones circa Tractatum proportionum, p. (...)
Je note quatrièmement que tout agent agissant naturellement peut s’assimiler le patient36.
18Pour conclure sur la structure globale des traités, nous retiendrons l’enchaînement des conclusions à partir de prémisses posées au début du traité ou en cours d’exposé.
19Venons-en maintenant aux démonstrations de ces conclusions.
20Le troisième chapitre du Tractatus de proportionibus de Thomas Bradwardine est consacré à l’établissement de la règle du mouvement qu’il soutient, et selon laquelle le rapport entre les rapidités dans les mouvements découle du rapport de la puissance du moteur à la puissance de la chose mue. Il la justifie par des citations d’Aristote et d’Averroès, qui montrent que l’égalité des rapports entre puissances et résistances est la cause de l’égalité des rapidités, et que par conséquent, la variation de ce rapport induit la variation des rapidités. Notons que certaines de ces citations venaient appuyer les thèses adversaires qu’il a réfutées dans le chapitre précédent, mais ce sont les interprétations qui en sont faites qui divergent.
21À la suite de cette liste de citations, Thomas Bradwardine conclut :
- 37 H. Lamar Crosby (1955), Thomas Bradwardine. His Tractatus de Proportionibus, p. 112 : « Praeterea, (...)
Enfin, on ne voit pas quelle opinion pourrait raisonnablement préserver le rapport entre les rapidités dans les mouvements, si ce n’est l’une de celles qui ont été exposées. Mais les quatre premières ont été réfutées. Donc il ne reste que la cinquième qui soit vraie37.
22Ainsi, la démonstration de la règle est fondée sur un principe d’exclusion. Selon Thomas Bradwardine, il n’y aurait que cinq manières d’envisager mathématiquement le lien entre rapidité et rapport de la puissance à la résistance ; il a été démontré que quatre de ces modes devaient être rejetés, il ne reste que le cinquième. Il faut souligner qu’il n’y a aucun recours à l’expérience dans cette preuve.
23Dans le De continuo de Thomas Bradwardine, les deux premières conclusions sont les suivantes :
- 38 John E. Murdoch (1957), Geometry and the Continuum, p. 339 : « 7. Indivisibile est quod numquam div (...)
Conclusion 1 : Aucun indivisible n’est plus grand qu’un autre. Cette conclusion est clairement déduite de la septième définition et de la première supposition38.
- 39 John E. Murdoch (1957), Geometry and the Continuum, p. 350 : « Prima conclusio: nullum indivisibile (...)
Conclusion 2 : Si deux continus de même espèce sont composés d’indivisibles en nombre égal, ils sont égaux entre eux. Cela est clair d’après la conclusion précédente et cette prémisse commune : “si des égaux sont ajoutés à des égaux, sont obtenus des égaux”39.
24Il est inutile de multiplier les exemples. Nous trouvons dans le De continuo une série de preuves semblables à ces deux premières, où sont seulement précisées les suppositions ou les conclusions nécessaires à la démonstration, sans que celle-ci soit développée. Nous pouvons observer la même chose dans le Tractatus de proportionibus, par exemple au chapitre III :
- 40 C’est-à-dire qu’il n’y a pas de mouvement quand la puissance du moteur est plus petite ou égale à l (...)
- 41 H. Lamar Crosby (1955), Thomas Bradwardine. His Tractatus de Proportionibus, p. 114 : « Ex nulla pr (...)
Il ne suit aucun mouvement d’un rapport d’égalité ou de plus petite inégalité du moteur à la chose mue40. On démontre cette conclusion grâce à la première conclusion du troisième chapitre et aux septième et huitième conclusions du premier chapitre, auxquelles est ajoutée cette supposition, connue par soi : “tous les mouvements de même espèce peuvent être comparés entre eux selon la rapidité ou la lenteur”41.
- 42 Hubert L. L. Busard & Menso Folkerts (1992), Robert of Chester (?) Redaction of Euclid’s Elements, (...)
- 43 Hubert L. L. Busard & Menso Folkerts (1992), Robert of Chester (?) Redaction of Euclid’s Elements, (...)
25Nous pouvons rapprocher ces preuves de certaines démonstrations des propositions présentées par Robert de Chester dans sa version des éléments d’Euclide produite au xiie siècle. Prenons l’exemple de la proposition I. 13 : « Toute ligne droite érigée sur une autre ligne droite produit deux angles dont chacun est égal à un droit ou deux angles dont la somme est égale à deux droits »42. La démonstration est très brève : « À partir de la onzième proposition » (Per undecimam) ». Même chose pour la proposition III. 28 : « Il est nécessaire que dans des cercles égaux des cordes égales produisent des arcs égaux » ; preuve : « À partir de la 26e du présent livre et de la 3e du livre I »43. Nous pourrions ainsi multiplier les exemples.
26Dans les deux traités de Thomas Bradwardine, certaines preuves sont ainsi réduites à l’énumération des définitions, suppositions ou conclusions dont découle la conclusion à démontrer. Mais la majorité des preuves sont plus élaborées. Prenons l’exemple d’une proposition mathématique dans le Tractatus de proportionibus :
Première conclusion : Si l’on a un rapport de plus grande inégalité d’une première quantité à une deuxième, comme de la deuxième à une troisième, le rapport de la première à la troisième sera précisément double du rapport de la première à la deuxième ou de celui de la deuxième à la troisième.
- 44 H. Lamar Crosby (1955), Thomas Bradwardine. His Tractatus de Proportionibus, p. 78 : « Prima conclu (...)
On prouve directement cette conclusion de cette manière : les dénominations des rapports de la première à la deuxième et de la deuxième à la troisième sont les mêmes ou semblables, donc, d’après la première supposition, ces rapports sont égaux. Et d’après la deuxième supposition, le rapport de la première à la troisième est composé précisément de ces rapports. Donc, d’après la définition de “double”, celui-ci est précisément double de chacun d’eux. Et c’est ce que nous voulions montrer44.
27Thomas Bradwardine considère ici trois grandeurs, notez-les A, B et C, telles que les dénominations des rapports de A à B et de B à C sont égales, la dénomination d’un rapport étant la quantité que l’on peut associer à ce rapport. Dans une supposition, Thomas Bradwardine a posé que les rapports sont égaux si leurs dénominations sont égales. Il a par ailleurs supposé que si une quantité B est interposée entre deux quantités A et C, le rapport de A à C est dit être composé à partir du rapport de A à B et du rapport de B à C. Il a enfin défini le double d’un rapport : si A, B et C sont telles que les rapports de A à B et de B à C sont égaux, le rapport de A à C est dit le double du rapport de A à B. Au cours de la preuve, les références aux définitions, suppositions ou conclusions à utiliser sont explicitées et l’argumentation est mise en forme.
28Examinons un autre exemple concernant l’étude du mouvement, toujours dans le Tractatus de proportionibus :
- 45 Les corps sont de compositions semblables de sorte que leurs lourdeurs et leurs légèretés sont prop (...)
- 46 Les rapports de C à D et de E à F sont égaux (C/D = E/F), avec C>F, donc C+F >D+E.
- 47 H. Lamar Crosby (1955), Thomas Bradwardine. His Tractatus de Proportionibus, p. 116 : « […] si duo (...)
[…] si deux corps lourds mixtes inégaux, de compositions semblables, sont suspendus à l’équilibre dans le vide, le plus lourd descendra. En effet, soient A et B deux tels corps lourds, A étant plus lourd, et B moins lourd. Soit C la lourdeur de A et D, semblablement, sa légèreté. Et soit E la lourdeur de B et F sa légèreté. C, D, E, F sont donc quatre termes proportionnels45, C étant le plus grand et F le plus petit. Alors, d’après la huitième supposition du premier chapitre, C et F pris ensemble excèdent D et E pris ensemble46. Or C et F sont utiles pour élever B, et D et E résistent seulement. Donc, d’après la seconde partie de la neuvième conclusion de ce chapitre, B monte et A descend47.
29Là encore, la preuve est développée, avec renvoi aux suppositions et conclusions utilisées.
30Le même type de démonstration se retrouve dans De continuo. Prenons l’exemple d’une démonstration par l’absurde :
Conclusion 3 : Pour aucun continu plusieurs indivisibles sont situés dans un même lieu indivisible.
- 48 Murdoch, John E. (1957), Geometry and the Continuum, p. 350 : « 3 – Nullius continui multa indivisi (...)
Ceci est vrai pour un continu ni courbé ni replié. En effet, d’après la troisième supposition, si deux indivisibles d’un certain continu non courbé peuvent être dans le même lieu indivisible, pour la même raison, le troisième et le quatrième et tous les indivisibles du continu sont dans le même lieu indivisible ; et ainsi, un certain continu serait privé de quantité, ce qui va à l’encontre des premières définitions48.
31Les démonstrations proposées par Nicole Oresme dans son traité De proportionibus proportionum sont sur le même modèle, de même que la plupart des démonstrations présentées par Blaise de Parme dans les deuxièmes parties de ses Questiones, même si les références aux suppositions ou aux conclusions à utiliser sont en général moins présentes chez Blaise de Parme.
32Il est bien connu que la logique, très développée à partir du xiie siècle, a une place importante dans la théorie de la connaissance en cette fin de Moyen Âge. Elle est naturellement présente dans les traités de philosophie naturelle.
- 49 John E. Murdoch (1957), Geometry and the Continuum, p. 401 : « Si aliquod continuum sit incommensur (...)
- 50 John E. Murdoch (1957), Geometry and the Continuum, p. 401 : « Si continuum ex finitis athomis comp (...)
33Dans le De continuo, Thomas Bradwardine démontre que « […] si un continu est incommensurable à un autre, il existe un nombre incommensurable à un nombre »49 . C’est un corollaire immédiat à la conclusion qui précède : « Si le continu est composé d’un nombre fini d’atomes, un continu se rapporte à un autre comme le nombre de ses atomes se rapporte au nombre d’atomes de l’autre »50 . Mais Thomas Bradwardine, qui veut réfuter la thèse de la composition du continu à partir d’un nombre fini d’atomes, note que ce corollaire n’est pas valide. Il dit :
- 51 John E. Murdoch (1957), Geometry and the Continuum, p. 404 : « Sic igitur patet veritas antecedenti (...)
Dans le corollaire, la vérité de l’antécédent est claire [il a parlé précédemment de l’incommensurabilité de la diagonale et du côté d’un même carré, ainsi il existe bien un continu incommensurable à un autre continu]. De même, la fausseté du conséquent est claire, puisque tous les nombres ont la même commune mesure, l’unité indivise51.
34Au cours du raisonnement, Thomas Bradwardine utilise les notions d’antécédent et de conséquent. Le corollaire est de la forme si P, alors Q, P étant l’antécédent et Q le conséquent. Selon la théorie des conséquences, il est impossible que P soit vraie en même temps que Q est fausse. Donc la conséquence est fausse.
35Ce langage des conséquences se retrouve dans le Tractatus de proportionibus, par exemple dans les preuves des thèses adverses à celle que défend Thomas Bradwardine concernant le mouvement. Ainsi, lorsqu’il réfute la thèse selon laquelle la rapidité serait égale à la différence entre la puissance motrice et la résistance du mobile, il écrit :
- 52 H. Lamar Crosby (1955), Thomas Bradwardine. His Tractatus de Proportionibus, p. 86 : « Haec autem o (...)
Mais cette opinion peut être démolie de différentes manières. […] Deuxièmement : alors il s’ensuit que, lorsque deux moteurs meuvent deux mobiles selon des espaces égaux et dans des temps égaux, ces deux moteurs ensemble ne meuvent pas ces deux mobiles ensemble précisément selon un espace égal et dans un temps égal, mais toujours selon le double. La conséquence est claire, puisque l’excès de ces deux moteurs ensemble sur ces deux mobiles ensemble est double de l’excès de l’un de ces moteurs sur son mobile. Par exemple, n’importe quel 2 excède l’unité selon une unité, et deux 2 (qui font 4) excèdent deux unités (qui constituent la dualité) selon la dualité, qui est double de l’excès de 2 sur l’unité. Et il en est ainsi pour tous les autres cas où les deux choses qui sont excédées sont surpassées de manière égale par les deux choses qui excèdent. La fausseté du conséquent est claire d’après Aristote, toujours au livre VII de la Physique, où il prouve cette conclusion : “si deux puissances meuvent séparément deux mobiles selon des espaces égaux et dans un temps égal, ces deux puissances ensemble mouvront ces deux mobiles ensemble selon un espace égal et dans un temps égal au précédent”52.
36Comme dans le De continuo, Thomas Bradwardine réfute la thèse adverse en montrant qu’elle produit des conséquences telles que l’antécédent est vrai alors que le conséquent est faux.
37Ce langage des conséquences est aussi très présent dans De proportionibus proportionum de Nicole Oresme. Prenons un exemple mathématique, où un raisonnement de type euclidien serait plus attendu. Nicole Oresme considère deux rapports qu’il nomme A et B, et C le rapport entre A et B. Il veut montrer que si les rapports A et C sont connus, alors B est connu. Son raisonnement est le suivant :
- 53 Edward Grant (1966), Nicole Oresme, De proportionibus proportionum, p. 162, 164 : « A est proportio (...)
A est un rapport qui peut être connu et C est un rapport qui peut être connu, donc B est un rapport qui peut être connu. L’antécédent est clair, puisque A et C sont des rapports rationnels. Je prouve la conséquence : en effet, si quelque quantité peut être connue ou si elle est connue, comme A, et si le rapport de cette quantité à une autre est connue, comme est C, cette autre quantité, à savoir B, peut aussi être connue ou elle est connue53.
38Blaise de Parme utilise lui aussi ce langage pour démontrer aussi bien des propositions mathématiques que physiques dans ses Questiones circa Tractatum proportionum. Ainsi, il démontre de la manière suivante qu’« il arrive que tout mouvement soit proportionnel à un mouvement » :
- 54 Voir à ce sujet Abdelali Elamrani-Jamal (1999), « La proposition assertorique (de inesse) selon Ave (...)
- 55 Joël Biard & Sabine Rommevaux (2005), Blaise de Parme, Questiones circa Tractatum proportionum, p. (...)
On prouve la conclusion : cette proportion assertorique (de inesse)54 est vraie “tout mouvement est proportionnel à un mouvement”, de laquelle découle formellement la conclusion proposée. On prouve l’antécédent par induction : ce mouvement-ci est proportionnel à un mouvement car il lui est comparable, et celui-là à celui-là, et ainsi de suite. Je nie cependant cette proposition “tout mouvement est comparable à tout mouvement”, car comme il a été dit plus haut, l’augmentation n’est pas comparable au mouvement circulaire, donc etc.55.
39Nous en venons maintenant à une autre caractéristique de ces traités, la prise en compte par les auteurs étudiés des objections qui pourraient être faites à l’encontre de tel ou tel résultat qu’ils acceptent et qu’ils ont démontré. Prenons un premier exemple, tiré du Tractatus de proportionibus de Thomas Bradwardine. Nous avons choisi cet exemple dans la partie mathématique du traité. En effet, si on comprend comment les objections peuvent entrer en jeu dans un contexte philosophique où se pratique la dialectique, c’est plus surprenant en mathématiques.
- 56 H. Lamar Crosby (1955), Thomas Bradwardine. His Tractatus de Proportionibus, p. 80 « Septima conclu (...)
40Dans la première partie du Tractatus de proportionibus, Thomas Bradwardine s’interroge sur la comparaison des rapports entre eux. Il explique alors (septième conclusion) qu’« aucun rapport n’est plus grand ou plus petit qu’un rapport d’égalité »56. L’ensemble des rapports est ici muni de l’opération de composition. Si trois quantités A, B et C sont en proportion continue (par exemple, 9, 3 et 1), alors le rapport de A à C, que nous notons (A : C), est dit être composé du rapport de A à B et du rapport de B à C [nous notons : (A : C) = (A : B)*(B : C)]. On a ainsi : (9 : 1) = (9 : 3)*(3 : 1), ou, avec les fractions correspondantes : 9/1 = 9/3*3/1. Dans les quantités, quand une quantité A est plus petite qu’une quantité B, A ajoutée à elle-même suffisamment de fois produit une somme égale à B ou plus grande que B (cette propriété est connue sous l’appellation “axiome d’Archimède”) ; par exemple, 2 est plus petit que 3 et 2 ajouté à 2 fait 4, qui est plus grand que 3. Par contre, dans les rapports, un rapport d’égalité (rapport entre deux quantités égales, par exemple entre 1 et 1), composé autant de fois que l’on veut par lui-même, produit toujours un rapport d’égalité [(1 : 1)*(1 : 1) = (1 : 1)]. Ainsi, un rapport d’égalité ne peut pas être dit plus petit que le rapport double par exemple, entre 2 et 1, ou que tout rapport de plus grande inégalité (entre A et B avec A > B).
41Thomas Bradwardine soulève quatre objections à ce qu’il vient d’énoncer. La première est la suivante :
- 57 H. Lamar Crosby (1955), Thomas Bradwardine. His Tractatus de Proportionibus, p. 82 : « Sed contra i (...)
Mais on peut objecter contre cette conclusion de cette manière : soit A égal à B, C plus grand et D plus petit. Alors, d’après la cinquième supposition, C a un plus grand rapport à B que A à B, et D un plus petit. Et le rapport de A à B est d’égalité, donc etc57.
42Thomas Bradwardine considère ici deux quantités A et B égales (par exemple égales à 1), et C plus grand que A (par exemple 2). Il évoque alors la supposition 5 selon laquelle si deux quantités inégales sont comparées à une même quantité, la plus grande aura un plus grand rapport à cette quantité que la plus petite (c’est une proposition du livre V des éléments d’Euclide). Ainsi, selon cette supposition, le rapport de C à B (soit de 2 à 1) est plus grand que le rapport de A à B (soit de 1 à 1). Mais le rapport de C à B (2 à 1) est de plus grande inégalité et le rapport de A à B (de 1 à 1) est un rapport d’égalité. Ainsi, un rapport de plus grande inégalité est plus grand qu’un rapport d’égalité, ce qui contredit la conclusion démontrée précédemment par Thomas Bradwardine.
- 58 H. Lamar Crosby (1955), Thomas Bradwardine. His Tractatus de Proportionibus, p. 84 : « Pro primo is (...)
- 59 Sabine Rommevaux, Les nouvelles théories des rapports, p. 124-125.
43Celui-ci répond à l’objection de manière tout à fait étonnante, en expliquant que la proposition euclidienne ne vaut pas quand A est égale à B ; il prétend même qu’Euclide exclut ce cas58. Les trois autres objections sont du même type et Thomas Bradwardine répond de la même manière, en restreignant le champ d’application de certaines propositions d’Euclide. En réalité, deux conceptions de la relation « être plus grand que » dans les rapports sont en jeu ici, mais Thomas Bradwardine ne semble pas en avoir conscience59.
- 60 H. Lamar Crosby (1955), Thomas Bradwardine. His Tractatus de Proportionibus, p. 120-122 ; Sabine Ro (...)
44Prenons un autre exemple dans le même traité. Nous avons vu comment Thomas Bradwardine établit sa règle du mouvement en réfutant les opinions adverses. Il prend aussi en compte les objections qui pourraient lui être faites. Ses réponses lui permettent de mettre en évidence le cadre dans lequel sa règle est valable ou de montrer comment elle doit être modifiée dans certains cas. Il examine ainsi le cas de l’attraction d’un morceau de fer par un aimant60. Si la règle du mouvement est appliquée dans ce cas, un aimant attirerait plus rapidement un petit morceau de fer qu’un plus grand, puisque le rapport entre la puissance de l’aimant et la résistance du morceau de fer, due à son poids, serait plus grand pour le morceau de fer plus petit ; or l’aimant les attire à la même rapidité. Thomas Bradwardine admet cette dernière remarque et répond en expliquant que la cause de l’attraction est la disposition causée par l’aimant dans le morceau de fer. Or cette disposition est plus ou moins forte selon la distance entre l’aimant et le morceau de fer, et non pas selon le rapport entre la puissance de l’aimant et le poids du morceau de fer. Ainsi, sa règle ne s’applique pas dans ce cas.
45Dans le De continuo, Thomas Bradwardine réfute les thèses des atomistes, comme nous l’avons vu. Il les nomme les falsigraphi, ceux qui posent des hypothèses fauses. Ils apparaissent dès le début du traité, dans les conclusions qui forment le cadre conceptuel dans lequel se place Thomas Bradwardine. Prenons l’exemple de la conclusion 4, où il met en scène une dispute entre un falsigraphus et lui :
- 61 John E. Murdoch (1957), Geometry and the Continuum, p. 351 : « Nullus recte multa puncta ab aliquo (...)
Plusieurs points d’une droite ne peuvent pas être également distants de l’une de ses extrémités. D’où il est clair que dans n’importe quel continu deux atomes quelconques ont des distances inégales à n’importe laquelle de ses limites61.
46Thomas Bradwardine le justifie ainsi : « Posons que les points B et C de la ligne droite AB soient également distants de A. Il s’ensuit que AC serait égale à AB et la partie égale au tout ».
47Il imagine alors ce que pourrait rétorquer un adversaire : « Un falsigraphus dirait peut-être que AC n’est pas distincte de AB, mais que c’est bien le cas pour AD, ligne droite terminée à D, point conjoint sans intermédiaire avec B ».
48Il répond immédiatement à cette objection : « Mais cela est faux, car, suivant le falsigraphus, que D soit un point conjoint sans intermédiaire avec B entre A et B, et semblablement E un point conjoint sans intermédiaire avec C entre C et A, alors, comme auparavant, AE est égal à AD, donc la partie est égale au tout ».
49Le dialogue fictif se poursuit : « Deuxièmement, le falsigraphus cherchera à chicaner en disant que si C est conjoint sans intermédiaire avec B, AC n’est pas une partie plus petite ni plus grande que AB. » Là encore, Thomas Bradwardine répond.
50Un tel jeu entre argument et contre-argument n’est pas présent dans le traité De proportionibus proportionum de Nicole Oresme. Par contre, il est bien sûr au cœur des Questiones circa Tractatum proportionum de Blaise de Parme, reflet d’un enseignement universitaire sous forme de disputes.
51Comme nous l’avons souligné dans notre introduction, les textes étudiés ici mêlent mathématiques et philosophie naturelle. Que ce soit dans les parties mathématiques ou dans les parties physiques, la structure argumentative est la même. Les notions principales sont définies et des prémisses sont posées, qui sont généralement tirées des autorités. Ce sont des axiomes ou des propositions dont les démonstrations sont données ou non. Les conclusions s’enchaînent à partir de ces prémisses selon un ordre logique.
52Cette structure argumentative est parfois interrompue par la prise en compte d’objections possibles à la conclusion qui vient d’être démontrée, auxquelles l’auteur répond immédiatement. Usuelle en philosophie ou en théologie, cette apparition des objections en mathématique est plus étonnante. Nous pouvons y voir l’influence d’un contexte pédagogique, dans lequel la dispute joue un rôle important, et l’extension aux mathématiques d’un mode discursif plus adapté à la philosophie.
53Soulignons pour finir que si certaines des preuves proposées dans ces traités n’obéissent pas à la rigueur à laquelle nous sommes habitués aujourd’hui, pour ces auteurs il ne s’agit pas de simples argumentations, mais bien de démonstrations qui permettent d’accéder à la vérité sur les choses de la nature, en en montrant les causes. Ainsi, au moment où, au début du troisième chapitre de son Tractatus de proportionibus, Thomas Bradwardine introduit sa règle du mouvement après avoir réfuté les quatre opinions concurrentes, il écrit :
- 62 H. Lamar Crosby (1955), Thomas Bradwardine. His Tractatus de Proportionibus, p. 110 : « His igitur (...)
Ces nuages d’ignorance ayant été dissipés par le souffle des démonstrations, la lumière de la science et de la vérité peut resplendir. Et la science véritable pose une cinquième opinion disant que le rapport entre les rapidités dans les mouvements découle du rapport de la puissance du moteur à la puissance de la chose mue62.
54Thomas Bradwardine est en quête de vérité et de connaissance scientifique et ce sont les démonstrations qu’il propose qui lui donnent cette vérité. Selon lui, il n’a pas seulement argumenté contre les autres opinions, il a démontré qu’elles étaient fausses, et sa propre règle présente la science véritable du mouvement.
Haut de page
Notes
Voir l’édition critique de ce texte dans John E. Murdoch (1957), Geometry and the Continuum in the Fourteenth Century: a Philosophical Analysis of Thomas Bradwardine’s Tractatus De continuo, Ph. D, University of Wisconsin. Nous avons par ailleurs proposé une traduction française d’extraits de ce traité dans Joël Biard & Jean Celeyrette (eds.) (2005), De la Théologie aux mathématiques. L’infini au xive siècle, Paris, Les Belles Lettres, p. 97-135.
H. Lamar Crosby (1955), Thomas Bradwardine. His Tractatus de Proportionibus. Its Significance for the Development of Mathematical Physics, Madison, The University of Wisconssin Press. Pour une traduction française, voir Sabine Rommevaux (2010), Thomas Bradwardine, Traité sur les rapports entre les mouvements, suivi de Nicole Oresme, Sur les rapports de rapports, Paris, Les Belles Lettres.
Edward Grant (1966), Nicole Oresme, De proportionibus proportionum and Ad pauca respicientes, Madison, The University of Wisconsin Press. Voir notre traduction française de ce traité, note 2.
Blaise de Parme (2005), Questiones circa Tractatum proportionum magistri Thome Braduardini, édité par Joël Biard & Sabine Rommevaux, Paris, Vrin.
Jean Celeyrette (2015), « From Aristotle to Classical Age, the Debates Around Indivisibilism », in Vincent Julien (ed.), Seventeenth-Century Indivisibles Revisited, Bâle, Birkhauser Verlag, p. 19-30.
Voir en particulier, John E. Murdoch (1964), « Superposition, Congruence and Continuity in the Middle Ages », in Mélanges Alexandre Koyré, vol. I, Paris, Herman, p. 416-441; John E. Murdoch (1987), « Thomas Bradwardine: Mathematics and Continuity in the Fourteenth Century », in Edward Grant & John E. Murdoch (eds.), Mathematics and its Applications to Science and Natural Philosophy in the Middle Ages. Essays in Honor of M. Clagett, Cambridge, Cambridge University Press, p. 103-137.
Edith D. Sylla (1997), « Thomas Bradwardine’s De continuo and the Structure of Fourteenth-Century Learning », in Edith D. Sylla & Michael Mc Vaugh (eds.), Texts and Contexts in Ancient and Medieval Science. Studies on the Occasion of John E. Murdoch’s Seventieth Birthday, Leiden - New York - Köln, Brill, p. 148-186.
Sabine Rommevaux (2010), « Le De continuo de Thomas Bradwardine : un traité de philosophie naturelle ou de mathématiques ? », in Sabine Rommevaux (ed.), Mathématiques et connaissance du monde réel avant Galilée, Paris, Omniscience, p. 87-112.
John E. Murdoch (1957), Geometry and the Continuum, p. 349 : « Nunc ordinem congruum 10 suppositiones pono que per se patent omnibus […] » (Maintenant je pose dans l’ordre qui convient dix suppositions qui sont toutes évidentes par elles-mêmes).
John E. Murdoch (1957), Geometry and the Continuum, p. 349 : « Omne maius posse dividi in equale et in differentiam qua excedit ».
John E. Murdoch (1957), Geometry and the Continuum, p. 349 : « Si finitum addatur finito, totum erit finitum ».
John E. Murdoch (1957), Geometry and the Continuum, p. 349 : « Omne corpus, superficiem, lineam, acque punctum uniformiter et continue posse moveri ».
John E. Murdoch (1957), Geometry and the Continuum, p. 349 : « Omnium duorum motuum localium eodem tempore vel equalibus temporibus continuatorum velocitates et spacia illis pertransita eodem tempore proportionales existere ».
John E. Murdoch (1957), Geometry and the Continuum, p. 349 : « Ubi diversitatis vel dissimilitudinis nulla est causa, simile iudicatur ».
Sabine Rommevaux (2010), « Le De continuo de Thomas Bradwardine ».
Aurélien Robert (2010), « Atomisme et géométrie à Oxford au XIVe siècle », in Sabine Rommevaux (éd.), Mathématiques et connaissance du monde réel avant Galilée, Paris, Omniscience, p. 17-86.
John E. Murdoch (1957), Geometry and the Continuum, p. 349 : « Omnes scientias veras esse ubi non supponitur continuum ex indivisibilibus componi ».
John E. Murdoch (1957), Geometry and the Continuum, p. 350 : « Istis premissis, sequuntur conclusiones suo ordine demonstrante ».
Jean Celeyrette (2008), « Bradwardine’s Rule: A Mathematical Law? », in Walter Roy Laird & Sophie Roux (eds.), Mechanics and Natural Philosophy before the Scientific Revolution, Dordrecht, Springer, p. 51-66.
H. Lamar Crosby (1955), Thomas Bradwardine. His Tractatus de Proportionibus, p. 76 : « Quarum haec est prima : Omnes proportiones sunt aequales quarum denominationes sunt eaedem vel aequales. Secunda est ista : Quibuscumque duobus extremis, interposito medio, cuius ad utrumque est aliqua proportio, erit proportio primi ad tertium composita ex proportione prima ad secundum et proportione secundi ad tertium » ; Sabine Rommevaux (2010), Thomas Bradwardine, Traité sur les rapports, p. 15.
H. Lamar Crosby (1955), Thomas Bradwardine. His Tractatus de Proportionibus, p. 76 : « Harum autem duarum prima est secunda De proportionibus, secunda vero tertia est eiusdem » ; Sabine Rommevaux (2010), Thomas Bradwardine, Traité sur les rapports, p. 15.
Hubert L. L. Busard (1971), « Die Traktate De proportionibus von Jordanus Nemorarius and Campanus », Centaurus 15(3), p. 193-227.
H. Lamar Crosby (1955), Thomas Bradwardine. His Tractatus de Proportionibus, p. 78 : « Istarum quinque ultimarum suppositionum, prima est septima quinti Euclidis, secunda autem octava, tertia vero nona, quarta quidem sexta decima, quinta vero ultima est eiusdem » ; Sabine Rommevaux (2010), Thomas Bradwardine, Traité sur les rapports, p. 16.
Sabine Rommevaux (2010), Thomas Bradwardine, Traité sur les rapports, Introduction, p. xxxvii-xli.
Sabine Rommevaux (2010), Thomas Bradwardine, Traité sur les rapports, Introduction, p. xli-xlv.
Sabine Rommevaux (2010), Thomas Bradwardine, Traité sur les rapports, Introduction, p. xlviii-l.
Sabine Rommevaux (2010), Thomas Bradwardine, Traité sur les rapports, Introduction, p. lix-lxii.
H. Lamar Crosby (1955), Thomas Bradwardine. His Tractatus de Proportionibus, p. 132: « Quia per quaedam praedictorum, paucis aliis veris coassumptis, proportio elementorum adinvicem faciliter sciri potest, et eius scientia multum philosophiae congruit naturali, et hucusque latuit cooperta (licet praesenti negotio non multum pertineat) eius latentiam detegemus. Vera assumenda sunt ista : […] » ; Sabine Rommevaux (2010), Thomas Bradwardine, Traité sur les rapports, p. 69.
Sabine Rommevaux (2014), Les nouvelles théories des rapports mathématiques du xive au xvie siècle, Turnhout, Brepols, p. 15-34.
Sabine Rommevaux (2010), Thomas Bradwardine, Traité sur les rapports, Introduction, p. lii-lv.
Sabine Rommevaux-Tani (2019), « Les règles du mouvement dans la seconde rédaction des Questions sur la Physique de Blaise de Parme », in Joël Biard et Aurélien Robert (éds.), La philosophie de Blaise de Parme : physique, psychologie, éthique, Florence, SISMEL, 2019, p. 153-174
De nombreuses études ont été produites sur le sujet, notamment : Olga Weijers (2002), La ‘disputatio’ dans les facultés des arts au Moyen Âge, Turnhout, Brepols ; Olga Weijers (2013), In Search of the Truth, A history of Disputation Techniques from Antiquity to Early Modern Times, Turnhout, Brepols. Voir aussi Jean-Luc Solère (2002), « Scolastique », in Claude Gauvard, Alain de Libera & Michel Zink (éds.), Dictionnaire du Moyen Âge, Paris, Presses Universitaires de France, p. 1299-1310.
Sabine Rommevaux (2006), « Un exemple de Question mathématique au Moyen Âge », Annals of sciences 63(4), p. 425-445.
Joël Biard & Sabine Rommevaux (2005), Blaise de Parme, Questiones circa Tractatum proportionum, p. 148-149 : « primo notando quod quedam est actio qua agens assimilat sibi passum, […], quedam vero est actio qua agens non assimilat sibi passum, […]. Noto secundo, cum dicitur “utrum velocitas insequitur proportionem talem vel talem”, per velocitatem possumus intelligere duo. Possumus primo intelligere accelerationem agentis in passum, […]. Alio modo per velocitatem possumus intelligere effectum agentis productum vel producibilem in passum ».
Joël Biard & Sabine Rommevaux (2005), Blaise de Parme, Questiones circa Tractatum proportionum, p. 149 : « Noto tertio, et sit suppositio in hac forma, quod non contingit aliquod agens agere ultra gradum proprium sue activitatis ».
Joël Biard & Sabine Rommevaux (2005), Blaise de Parme, Questiones circa Tractatum proportionum, p. 149 : « Noto quarto quod omne agens naturale naturaliter agendo potest assimilare sibi passum ».
H. Lamar Crosby (1955), Thomas Bradwardine. His Tractatus de Proportionibus, p. 112 : « Praeterea, non videtur aliqua positio qua potest rationabiliter salvari proportio velocitatum in motibus nisi aliqua iam dictarum. Sed quattuor primae sunt destructae ; tantum igitur remanet quinta vera. » ; Sabine Rommevaux (2010), Thomas Bradwardine, Traité sur les rapports, p. 48.
John E. Murdoch (1957), Geometry and the Continuum, p. 339 : « 7. Indivisibile est quod numquam divisi potest. » (Un indivisible est ce qui ne peut jamais être divisé) ; Ibid., p. 349 : « Omne maius posse dividi in equale et in differentiam qua excedit. » (Toute chose plus grande qu’une autre peut être divisée en une chose égale à celle-ci et en la différence par laquelle elle l’excède).
John E. Murdoch (1957), Geometry and the Continuum, p. 350 : « Prima conclusio: nullum indivisibile maius alio esse. Ista per septimam diffinitionem et primam suppositionem concluditur ostensive. 2 – Si duo continua eiusdem speciei ex indivisibilibus equalibus numero componatur, ad invicem equalia esse. Hec patet per proximam et per illud commune principium : “Si equalibus equalia addas, fient equalia” ».
C’est-à-dire qu’il n’y a pas de mouvement quand la puissance du moteur est plus petite ou égale à la résistance du mobile.
H. Lamar Crosby (1955), Thomas Bradwardine. His Tractatus de Proportionibus, p. 114 : « Ex nulla proportione aequalitatis vel minoris inaequalitatis motoris ad motum sequitur ullus motus. Hanc primam tertii, et septimam et octavam primi, demonstrative concludes (adiuncta hac suppositione, per se nota : “Omnis motus eiusdem speciei secundum velox vel tardum possunt adinvicem comparari” » ; Sabine Rommevaux (2010), Thomas Bradwardine, Traité sur les rapports, p. 50.
Hubert L. L. Busard & Menso Folkerts (1992), Robert of Chester (?) Redaction of Euclid’s Elements, the so-called Adelard II version, Basel - Boston - Berlin, Birkhaüser Verlag, p. 119 : « Omnis recte linee super lineam rectam stantis duo utrobique anguli aut recti sunt aut duobus rectis equale ».
Hubert L. L. Busard & Menso Folkerts (1992), Robert of Chester (?) Redaction of Euclid’s Elements, p. 148 : « Circulorum equalium equos arcus equas cordas habere necesse est. Ex XXVIa presentis et IIIa Ii ».
H. Lamar Crosby (1955), Thomas Bradwardine. His Tractatus de Proportionibus, p. 78 : « Prima conclusio: Si fuerit proportio maioris inaequalitatis primi ad secundum ut secundi ad tertium, erit proportio primi ad tertium praecise dupla ad proportionem primi ad secundum et secundi ad tertium. Hanc probes ostensive hoc modo: Eaedem vel similes sunt demoninationes proportionum primi ad secundum et secundi ad tertium; igitur, per primam suppositionem, istae sunt aequales et, per secundum suppositionem, proportio primi ad tertium componitur praecise ex illis. Igitur, per definitionem dupli, ista est praecise dupla ad utramque illarum. Et hoc est quod ostendere volebamus » ; Sabine Rommevaux (2010), Thomas Bradwardine, Traité sur les rapports, p. 17.
Les corps sont de compositions semblables de sorte que leurs lourdeurs et leurs légèretés sont proportionnelles.
Les rapports de C à D et de E à F sont égaux (C/D = E/F), avec C>F, donc C+F >D+E.
H. Lamar Crosby (1955), Thomas Bradwardine. His Tractatus de Proportionibus, p. 116 : « […] si duo gravia mixta inaequalia, compositionis consimilis, in aequilibri in vacuo suspendantur, gravius declinabit. Sint enim A et B duo talia gravia, A maius, B vero minus, et sit C gravitas A, D vero levitas similiter eiusdem. E autem sit gravitas B, F vero levitas sit eiusdem. Tunc C, D, E, F sunt quattuor proportionalia, et C est maximum, F vero minimum. Igitur (per octavam suppositionem primi huius) C et F pariter congregata excedunt D et E pariter adiuncta. Et C et F nituntur elevare B, et tantum D et E resistunt. Igitur (per secundam partem nonae conclusionis huius) B ascendet, A vero descendet » ; Sabine Rommevaux (2010), Thomas Bradwardine, Traité sur les rapports, p. 52.
Murdoch, John E. (1957), Geometry and the Continuum, p. 350 : « 3 – Nullius continui multa indivisibilia in eodem situ indivisibili situari. Verum est de continuo non curvo nec reflexo ; nam per 3am suppositionem, si duo indivisibilia alicuius continui non curvi possunt esse in eodem situ indivisibili, eadem ratione 3a et 4or et omnia indivisibilia alicuius continui ; et sic aliquod continuum careret quantitate, quod est contra diffinitiones priores ».
John E. Murdoch (1957), Geometry and the Continuum, p. 401 : « Si aliquod continuum sit incommensurabile alteri, et numerum incommensurabilem numero reperitur ».
John E. Murdoch (1957), Geometry and the Continuum, p. 401 : « Si continuum ex finitis athomis componatur, sicud numerus athomorum unius continui ad numerum athomorum alterius, ita illud continuum ad aliud se habere ».
John E. Murdoch (1957), Geometry and the Continuum, p. 404 : « Sic igitur patet veritas antecedentis in corollario et falsitas consequentis in hoc, quia omnes numeri habent eandem mensuram communem, scilicet individuam unitatem ».
H. Lamar Crosby (1955), Thomas Bradwardine. His Tractatus de Proportionibus, p. 86 : « Haec autem opinio destrui poterit multis modis. […] Secundo sic: Tunc sequitur quod, duobus motoribus moventibus duo mobilia per aequale spatium in aequali tempore, illi duo motores coiunctim non moverent illa duo mobilia coniuncta praecise per aequale spatium in aequali tempore, sed semper per duplum. Consequentia patet, quia excessus istorum duorum motorum coniunctorum ad ista duo mobilia coniuncta est duplus ad excessum unius istorum motorum super suum mobile; sicut quilibet binarius excedit unitatem per unitatem, duo autem binarii (qui quarternarium faciunt) excedunt duas unitates (quae dualitatem constituunt) per dualitatem, quae est dupla ad excessum binarii super unitatem. Et ita est in omnibus aliis ubi duo excessa a duobus excedentibus aequaliter exceduntur. Falsitas consequentis patet per Aristotelem, septimo Physicorum, ut prius, ubi probat istam conclusionem: “Si duae potentiae divisim moveant duo mobilia per aequalia spatia in aequali tempore, illae duae potentiae coiunctae movenbunt illa duo mobilia coiuncta per aequale spatium in aequali tempore cum priori” »; Sabine Rommevaux (2010), Thomas Bradwardine, Traité sur les rapports, p. 26-27.
Edward Grant (1966), Nicole Oresme, De proportionibus proportionum, p. 162, 164 : « A est proportio scibilis et C est proportio scibilis ergo B est proportio scibilis. Antecedens patet quia A et C sunt proportiones rationales. Et consequens probo quia si aliqua quantitas est scibilis seu nota, sicut A, et proportio eiusdem ad aliquam aliam sit nota, sicut est C, illa alia quantitas est scibilis seu nota, scilicet B. » ; Sabine Rommevaux (2010), Thomas Bradwardine, Traité sur les rapports… Nicole Oresme, Sur les rapports de rapports, p. 92-93.
Voir à ce sujet Abdelali Elamrani-Jamal (1999), « La proposition assertorique (de inesse) selon Averroès », in Philippe Büttgen, Stéphane Diebler & Marwan Rashed (eds.), Théorie de la phrase et de la proposition de Platon à Averrès, Paris, Éditions Rue d’Ulm, Presses de l’École normale supérieure, p. 249-267.
Joël Biard & Sabine Rommevaux (2005), Blaise de Parme, Questiones circa Tractatum proportionum, p. 56 : « Quarta conclusio : contingit omnem motum motui proportionari. Declaratur conclusio : hec propositio de inesse est vera “omnis motus motui proportionatur” ad quam formaliter sequitur conclusio proposita. Probatur antecedens inductive : iste motus motui proportionatur quia ipse ipsi comparatur, et ille illi, et sic de aliis. Nego tamen istam “omnis motus omni motui comparatur”, quia ut supra dicebatur, augmentatio motui circulari non comparatur ergo etc. »
H. Lamar Crosby (1955), Thomas Bradwardine. His Tractatus de Proportionibus, p. 80 « Septima conclusio : Proportione aequalitatis nulla proportio est maior vel minor » ; Sabine Rommevaux (2010), Thomas Bradwardine, Traité sur les rapports, p. 19.
H. Lamar Crosby (1955), Thomas Bradwardine. His Tractatus de Proportionibus, p. 82 : « Sed contra istam conclusionem potest sic obici: Sit A equale B, C autem maius, D vero minus. Tunc, per quintam suppositionem, C habet maiorem proportionem ad B quam habet A ad B, et D minorem. Et proportio A ad B est aequalitatis, igitur et cetera » ; Sabine Rommevaux (2010), Thomas Bradwardine, Traité sur les rapports, p. 22.
H. Lamar Crosby (1955), Thomas Bradwardine. His Tractatus de Proportionibus, p. 84 : « Pro primo istorum dicendum quod Euclides intelligit quintam suppositionem de quantitatibus inaequalitatis comparatis ad tertiam eodem genere proportionis, ita quod utraque comparetur illi proportione inaequalitatis maioris, vel utraque in proportione inaequalitatis minoris » ; Sabine Rommevaux (2010), Thomas Bradwardine, Traité sur les rapports, p. 23.
Sabine Rommevaux, Les nouvelles théories des rapports, p. 124-125.
H. Lamar Crosby (1955), Thomas Bradwardine. His Tractatus de Proportionibus, p. 120-122 ; Sabine Rommevaux (2010), Thomas Bradwardine, Traité sur les rapports, p. 57-58. Voir aussi Sabine Rommevaux (2010), « Magnetism and Bradwardine’s rule of motion in fourteen and fifteen century treatises », Early science and medicine 15, p. 618-647.
John E. Murdoch (1957), Geometry and the Continuum, p. 351 : « Nullus recte multa puncta ab aliquo eius termino equaliter posse distare. Unde manifestum est: cuiuslibet continui quelibet duo athoma a quolibet eius fine habere distantias inequales. Ponantur enim AB recte linee B, C puncta equaliter distare ab A, et sequitur quod AC sit equalis AB, et pars toti. Dicet forte falsigraphus quod ab AB non est divisa AC, sed AD rectam terminatam ad D punctum immediatum B. Sed hoc est falsum, quia sicud tunc secundum falsigraphum D punctum immediatum B inter A et B, et similiter E immediatum C inter C et A, tunc ut prius AE est equalis AD, ergo pars toti est equalis. Secundo forte cavillabit falsigraphus dicens, quod si C sit immediatum B, AC non est pars minor, nec maior AB…. »
H. Lamar Crosby (1955), Thomas Bradwardine. His Tractatus de Proportionibus, p. 110 : « His igitur ignorantiae nebulis demonstrationum flatibus effugatis, superest ut lumen scientiae resplendeata veritatis. Scientia autem veritatis ponit quintam opinionem, dicentem quod proportio velocitatum in motibus sequitur proportionem potentiae motoris ad potentiam rei motae »; Sabine Rommevaux (2010), Thomas Bradwardine, Traité sur les rapports, p. 47.
Haut de page