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]]>Jean-Christophe soutient que deux valeurs-racines sont en conflit dans l’histoire du monde, la valeur de vivre (ou de se reproduire) et la valeur de ne pas souffrir (ou d’être heureux). Le livre s’attarde en particulier aux problématiques reliées à la reproduction ou au maintien de la vie : contraception, avortement, stérilisation volontaire, homosexualité, culte des esprits des morts, matriarcat, patriarcat, féminisme, mutilation génitale, nouvelles technologies de reproduction, darwinisme, assistance au suicide, droit à la mort choisie, droit de ne pas naître… L’ouvrage souligne également l’arrivée relativement tardive mais croissante des idées de non-souffrance : le bouddhisme, l’épicurisme, la recherche du bonheur, l’utilitarisme, le bien-être animal, l’anesthésie, la gestion de la douleur… L’auteur préconise de déconstruire l’idéologie de la reproduction, qui a dominé dans nos sociétés jusqu’à présent avec des conséquences trop souvent préjudiciables, et de promouvoir à sa place une culture de non-souffrance, une culture qui pourra se perpétuer (se ‘reproduire’) en se rattachant à la notion de « conscience universelle ». Une telle culture, en donnant plus de valeur à la non-souffrance qu’à la vie, permettrait à certains êtres d’exercer sans entraves leur droit de ne pas naître, de ne pas se reproduire, ou de mourir comme souhaité. Plus généralement, une telle culture permettrait à nos sociétés de favoriser davantage le bonheur de tous les êtres.
Ce livre est à inscrire parmi les Ouvrages précurseurs pour une algonomie, parce qu’il parle de la souffrance dans une perspective vaste et systématique et parce qu’il préconise l’allègement de la souffrance comme priorité morale et sociale. De plus, l’approfondissement que le livre effectue au plan historique et philosophique du rapport entre la valeur de vivre et de celle de ne pas souffrir constitue un nouvel apport théorique précieux pour l’algonomie.
J’ai personnellement quelques suggestions pour contribuer si possible à l’amélioration de cet apport théorique. Aux pages 114 et 115, les valeurs de reproduction et de non-souffrance sont posées comme valeurs-racines, fondamentalement conflictuelles, supérieures à toutes les autres, et déterminant, avec toutes les valeurs secondes qui leur sont rattachées, deux continents de valeurs qui seraient seuls existant dans l’histoire du monde. Opérer une telle réduction est utile pour exposer un point de vue, mais c’est aussi prêter flanc aux attaques de tous les autres points de vue qui en ressentent l’impérialisme conceptuel. On peut comprendre qu’il importe ‘algostratégiquement’ que la thèse de Jean-Christophe Lurenbaum soit posée axiologiquement, mais alors il faut vivre avec les attaques des opposants, et il est de bonne guerre de minimiser ces attaques. Dans cette optique, je ne crois pas qu’il soit nécessaire ou juste de poser des valeurs-racines et des continents porteurs de valeurs conflictuelles comme on le fait pages 114 et 115. Je pense qu’il serait suffisant de montrer sous quels aspects particuliers les valeurs de reproduction et de non-souffrance sont en opposition. Je ne crois pas non plus qu’il soit algostratégiquement sage de réduire à une opposition, uniquement, la relation entre la valeur de la reproduction et celle de la non-souffrance. La réalité est plus nuancée et plus complexe que ça, de sorte que, si on tient mordicus à faire valoir comment cette relation consiste en une opposition à tout crin, il faut effectuer deux opérations quelque peu abusives et dont il vaudrait mieux se passer. Il faut d’une part définir la vie, de façon réductive, comme un « processus de réplication », un fait neutre mais vu à travers une distorsion idéologique comme positif, c’est-à-dire comme « ce qu’on cherche à tout prix », ce qui permet alors d’affirmer que l’idéologie de la reproduction est la source de tous les maux. D’autre part il faut définir la souffrance, de façon réductive, comme « ce qu’on cherche à éviter », c’est-à-dire un phénomène axiologiquement toujours mal, ce qui permet d’affirmer alors que la non-souffrance est toujours une bonne chose. Il serait plus approprié, je pense, de dire à propos de la vie que c’est un contenant qu’on trouve bon en général parce que les bons contenus y dépassent souvent les mauvais, mais que trop souvent aussi c’est le contraire, et qu’alors la vie est pire que la mort. Par ailleurs, à propos de la souffrance, je pense qu’il faut la voir elle aussi comme un fait neutre, auquel on peut accorder diverses valeurs. C’est pourquoi l’expression « non-souffrance » me parait davantage nuisible qu’utile : dans notre monde la non-souffrance totale serait probablement la mort et la mort serait probablement un mal (par exemple par rapport à une vie qui admettrait un peu de souffrance et qui déborderait de valeur). S’il faut parler des choses axiologiquement, je pense qu’il vaut mieux employer des termes moralement étiquetés. Ainsi on pourrait dire quelque chose comme : deux valeurs déterminantes sont souvent en conflit dans l’histoire du monde, vivre à tout prix et ne pas trop souffrir, et alors, face à un tel conflit, il vaut mieux favoriser une culture de conscientisation contre la souffrance excessive (et pour le bonheur) plutôt qu’une idéologie aliénante de la vie (et de sa reproduction).
Par ailleurs, il me parait y avoir matière à contestation quant à certains propos du chapitre 5 intitulé « Le bouddhisme : début de l’ère de non-souffrance ». D’abord, il semble aberrant, si on s’en tient aux simples faits, de parler d’une ère de non-souffrance qui aurait déjà commencé. Ensuite, il est contestable, d’un point de vue herméneutique, que « Le bouddhisme a comme valeur fondamentale, et unique objectif, l’extinction de la souffrance des êtres sensibles » (page 76). Les anciens textes bouddhistes accordent certes une place de premier plan à la question de la souffrance, mais c’est toujours en fonction d’une valeur plus fondamentale et d’un objectif plus suprême : le nirvana, l’état d’être parfait et ineffable où s’éteignent tous les états d’être imparfaits et conditionnés (l’esprit, selon l’ancienne philosophie en Inde, connaît une involution dans la matière, dans la souffrance d’innombrables naissances, et le salut réside dans une évolution hors de la matière). Pour quiconque ayant l’intuition qu’il faut un domaine d’action pour s’occuper de la souffrance, la tentation est grande, devant les quatre nobles vérités sur la douleur enseignées par Gautama, de faire remonter jusqu’à lui l’apparition de l’algonomie. Cependant, du strict point de vue de la définition qu’on peut donner actuellement de l’algonomie, la doctrine bouddhiste ne se qualifie pas comme algonomique, malgré son intérêt déclaré pour la souffrance, car elle ne s’occupe pas de toute la souffrance et de rien que la souffrance : ses conceptions religieuses, philosophiques ou psychologiques délimitent et prédéterminent comment elle aborde la nature, l’origine et le remède de la souffrance. On peut espérer toutefois que le bouddhisme, tout comme le christianisme et d’autres systèmes de pensée où la souffrance occupe une place de premier plan, apportera beaucoup à l’algonomie moderne. Enfin, au chapitre des contestations relatives au chapitre 5, voici trois questions reliées au concept, par ailleurs indispensable, de « conscience universelle ». Est-il exact que ce concept soit surtout redevable au bouddhisme alors que, dans bien des cultures, les gens semble-t-il sont appelés à dépasser leur conscience individuelle? Faut-il comprendre ou définir ce concept seulement « au regard de la souffrance » alors que ce sont tous les aspects de la vie de l’esprit qui sont universellement partagés? Ce concept peut-il suffire à pallier la non-reproduction de la culture de non-souffrance et ne faudrait-il pas plutôt assurer une reproduction des mèmes algonomiques par la mise en place d’une discipline procurant à ses bénéficiaires un avantage évolutif darwinien?
]]>]]>Vous avez un auteur qui vit dans une civilisation, qui est au fond la base de la nôtre, et qui, très rapidement, comprend une chose fondamentale, soit que l’humanité doit traiter de la question de la douleur et de la souffrance puisqu’il n’y a que cela autour d’eux. À travers ce questionnement, ils font du théâtre tragique pour traiter de la question de la souffrance. (Source: La Presse Canadienne)
Lancement de l’observatoire de la souffrance des profs
Extrait: « Ces professeurs qui nous envoient leur cris d’alerte ne le font pas que pour eux, ce n’est pas vrai, ils le font d’abord pour tous les enfants qui fréquentent ces classes difficiles », précise Olivia Millioz. l’observatoire de la souffrance des …(lire la suite) »
La moitié des pharmaciens victimes d’une souffrance psychologique
Extrait: « Ainsi, sur les 1 400 pharmaciens ayant accepté de répondre à un questionnaire, il apparaît que 47 % peuvent être considérés comme présentant un « niveau de souffrance psychologique significatif ». Chez ces derniers, une anxiété importante est notamment … (lire la suite) »
La souffrance des usagers de la psychiatrie, l’indicible
]]>Extrait: « De cette souffrance, j’avoue d’emblée mon ignorance. Totale. Je ne vais pas me permettre de croire que je peux l’imaginer. J’ai pu parler de la souffrance des parents et des amis de malades, j’ai pu parler de la souffrance des professionnels, … (lire la suite) »
Le problème avec de telles vues pré-algonomiques est qu’elles ne prennent pas une mesure appropriée de ce qu’est la souffrance, qu’elles ne permettent pas de dépasser le sens perverti que prend la compassion ou la pitié dans la politique ou les médias. Elles subordonnent la compréhension de la souffrance et l’action sur elle à la philosophie ou à la politique, au lieu d’accorder d’abord à la souffrance l’approche exclusive, spécifique, universelle (le paradigme algonomique) qu’elle mérite. Si on comprenait cela, on verrait que loin de s’occuper de la souffrance autant qu’on le prétend sans cesse, nos sociétés s’en servent en fait aveuglément pour s’occuper de mille choses qui sont tout autres.
Un conseil est à retenir du livre de Myriam. La compassion personnelle est nécessaire à la politique, mais pas suffisante pour opérer le passage de l’affect à l’agir. Il faut donc aussi « l’institution qui introduit l’élément du tiers, qui fait médiation et introduit la distance, qui déborde l’instantanéité pour inscrire l’action dans la durée et lui donner son sens. » Cette institutionnalisation nécessaire de la compassion, c’est précisément cela l’algonomie, et c’est précisément cela qui fait encore et toujours si cruellement défaut à nos sociétés.
P.S. Autre problème terminologique, faute celui-là d’un paradigme féministe et masculiniste assez bien assimilé, les Français et les Françaises de France ne se sont pas encore rendu compte que l’homme ne peut plus désigner l’être humain sans exclure tendancieusement les femmes, les enfants, ainsi que les autres personnes qui ne s’appellent pas hommes généralement.
]]>« Nous sommes en plein milieu d’une crise financière, économique, sociale sans précédent ; nous sommes à la veille d’une catastrophe écologique planétaire ; nous devons maintenant inventer un monde nouveau où les folies d’hier ne seront plus possibles. C’est la responsabilité qui nous incombe. Nous savons tous maintenant vers quelles catastrophes peut nous conduire notre obstination à essayer de régler les problèmes du XXIe siècle avec les instruments et les idées du XXe siècle. Désormais, plus un seul d’entre nous ne pourra prétendre qu’il ne savait pas. Il y a une prise de conscience universelle que la voie dans laquelle le monde était engagé depuis plusieurs décennies était sans issue. La prise de conscience est universelle. La voie dans laquelle le monde s’était engagé depuis plusieurs décennies, cette voie est une impasse. Cette prise de conscience se fait dans la peine, la souffrance et l’angoisse. Mesdames et Messieurs les chefs d’Etat et de gouvernement, nous sommes comptables politiquement, moralement de cette souffrance accumulée sur la planète. Il y a des dizaines de millions d’hommes et de femmes qui ont perdu leur emploi, leur maison. Il y a un milliard d’êtres humains qui souffrent de la faim, des centaines de millions d’êtres humains qui n’ont pas accès à l’eau, à l’énergie, qui n’ont pas les soins médicaux minimum. A ces centaines de millions d’habitants de la planète, il nous appartient à nous, chefs d’Etat et de Gouvernement, et à personne d’autre de rendre l’espoir. »
Nicolas aime bien le thème de la souffrance. Il faut voir comment il l’a utilisé dans son Discours pour la France qui souffre, le 18 décembre 2006. Par exemple:
« Il y a des souffrances auxquelles la politique ne peut rien. Mais il y a des souffrances que la politique peut guérir parce qu’elle en est la cause. Apaiser ces souffrances, voilà ce que devrait être la priorité d’une politique qui ne serait pas une politique de renoncement.
Voilà ce que je veux ! »
Nous sommes des millions à tenir ou applaudir ce genre de discours depuis des millénaires, et à créer de la souffrance quand ça fait notre affaire. Pour que la politique, tout comme la médecine ou la religion, puisse désormais s’occuper crédiblement de la souffrance, il faut une algonomie.
]]>En explorant sur internet l’usage du mot souffrance ou du mot douleur, on peut voir qu’il est rarement utilisé au sens large. La souffrance n’est pas ‘ce qui est désagréable’ en général, elle est mentale plutôt que physique, humaine plutôt qu’animale, causée par l’ignorance ou le désir plutôt que par la nature, etc., etc., etc. Je pense que la souffrance réelle n’a jamais jusqu’à présent été conceptualisée entièrement, jusqu’au bout, pour en faire un ‘phénomène’ systématiquement connaissable en théorie et en pratique, ainsi que le fait l’algonomie. Parler de la souffrance dans le contexte, le cadre, le paradigme, l’univers du discours de l’algonomie, c’est très difficile pour les gens, voire impossible, ai-je cru remarquer. Mais on s’y habituera.
]]>]]>Il en va peut-être du destin de la souffrance de ne jamais être reçue comme telle par la science, la philosophie ou la poésie, sinon comme symptôme mondain faisant droit d’abord à sa donation par le langage (selon les trois modalités citées) plutôt qu’à sa réalité de donné. Sans compter le sens commun qui tient le domaine de l’affect pour irreprésentable et impensable, le livrant d’autant mieux au dictat de la pensée normalisée.
(…) travailler sur la donation en fonction du donné, revient à supposer que la souffrance est indivise comme vécu, et immanente plutôt qu’intérieure. De ce fait elle cesse d’être surévaluée, divinisée, refoulée, etc. Elle cesse surtout d’être une « fatalité » humaine (dont se repaissent les philosophies politiques), elle n’est que la conséquence d’un souffert qui, lui, n’est en rien philosophable, justement parce qu’il n’est qu’humain et réel.
« La détresse psychologique est une blessure latente et quasi invisible. Quand elle ne s’extériorise pas, elle peut germer bien longtemps pour éclore en suicide ou, pire encore, en drame familial. C’est une des théories qui plane dans le petit quartier tranquille de Saguenay, où les corps de trois enfants et celui d’un homme ont été découverts sans vie hier. Les thèses sont multiples, et aucune conclusion ne sera formulée au hasard. Mais, le questionnement demeure : «Comment peut-on en arriver là?» Quand une personne vit une douleur très vive, elle peut perdre le contact avec la réalité. «Une personne qui est en détresse pense que sa douleur va toujours être là», explique Sylvie Nadeau, directrice du Centre de prévention du suicide de Québec. Et si la personne avait tué ses propres enfants? «Ceux qui se rendent là ont dans l’idée qu’ils sont dans un monde où il y a plein de souffrance et ils ne veulent pas laisser leurs enfants dans la douleur», note-t-elle. (…) »
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